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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/33

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provisoire qui, aussitôt, offrit la dictature à Victor-Emmanuel. Cavour opina à l’accepter ; l’Empereur jugea que c’était aller trop vite ; il consentit seulement à un protectorat piémontais pendant la guerre. Buoncompagni fut nommé commissaire extraordinaire du Roi (9 mai). En prenant possession, il eut soin de donner l’assurance, tant alors les Toscans étaient loin de l’Unité ! que ce protectorat ne préjugerait rien contre l’autonomie toscane sanctionnée par le droit public européen, et qu’il maintiendrait l’indépendance entière de l’administration. Il constitua un ministère dans lequel il réussit à faire entrer l’homme le plus considérable de la Toscane, le baron Bettino Ricasoli.

Massa et Carrara, dont le soulèvement prévu avait tant pesé dans les arrangemens de Plombières, imitèrent la Toscane. Elles chassèrent les agens du duc de Modène, proclamèrent la dictature de Victor-Emmanuel. On leur envoya un commissaire royal et quelques carabiniers.

A Naples, l’Autriche éprouva un mécompte inattendu. Le roi Bomba s’en allait en pourriture, à quarante-huit ans, dévoré par une horrible maladie. Véritablement roi et indomptable au milieu même de l’agonie, il avait ordonné qu’on le tînt au courant des moindres incidens de la guerre, et prescrit d’y conserver une inflexible neutralité. La France et le Piémont, en rupture avec lui à cause de son refus d’octroyer des institutions libérales dont il avait horreur, perdaient leur temps en réclamant un secours qu’il eût été déshonorant de leur accorder. L’Autriche, au contraire, se croyait autorisée à espérer plus que la neutralité d’un prince absolu dont elle défendait les intérêts et les principes. Elle fut étonnée et blessée du refus d’un secours qu’elle supposait assuré. Elle insista, invoqua le traité secret de 1815 et le précédent de 1820. Le Roi fit répondre que le traité de 1815 était tombé en désuétude, et que l’intervention de 1820 avait été un acte collectif de l’Europe ; qu’en se mêlant à la guerre, il fournissait à Napoléon III un prétexte pour favoriser Murat, et qu’il se priverait du moyen de prévenir ou de réprimer la révolution dans ses Etats. — « Soit, reprit-on de Vienne avec aigreur, nous pouvons nous passer de vos soldats ; Dieu fasse qu’un jour vous n’ayez pas besoin des nôtres ! »

Peu de jours après (20 mai), Ferdinand II succombait. Son héritier, jeune homme de vingt-trois ans, déclara qu’il suivrait la politique de son père et persisterait à rester neutre.