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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/282

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mois. Ces longs silences qui le faisaient tant souffrir et qui contrastaient avec les lettres quotidiennes de l’année précédente s’expliqueraient ainsi par les préoccupations que causait à la princesse son intrigue naissante avec Nangis. Il semble bien que les premières avances, qui furent probablement des œillades de ses yeux promeneurs, soient venues d’elle. Ces coquetteries flattèrent et émurent Nangis, mais elles le troublèrent singulièrement. Il avait à ce moment même une liaison avec cette jolie Mme de la Vrillière dont nous avons déjà parlé. Mme de la Vrillière tenait à sa conquête. Elle s’aperçut qu’on la lui disputait. En effet, bien que, par une sorte d’entente tacite, il n’en fût point trop ouvertement parlé, le trouble que la duchesse de Bourgogne laissait apercevoir en présence du jeune et élégant colonel n’échappait point aux yeux. Nous en trouvons la preuve dans les Souvenirs de Mme de Caylus, et encore dans une des jolies lettres, récemment publiées par M. Taphanel, qu’adressait à La Beaumelle la vieille religieuse de Saint-Cyr chargée de lui communiquer les papiers de Mme de Maintenon : « J’ai ouï dire à feu ma mère, écrivait Mme de Louvigny, qu’on ne s’était aperçu de son faible pour M. de Nangis que parce qu’elle rougissait en le voyant, et qu’on avait si bien saisi ce symptôme avilissant qu’on prévenait toutes les occasions afin que la princesse n’eût pas à rougir souvent. Elle était gardée à vue [1]. »

Nangis était livré cependant à d’étranges perplexités, que Saint-Simon, bien informé à son dire, nous peint avec sa vivacité coutumière. D’un côté, il redoutait « les furies de sa maîtresse qui se montroit à lui plus capable d’éclater qu’elle n’étoit en effet, » mais, de l’autre, il craignait que sa réserve ne le perdît « auprès d’une princesse qui pouvoit tant, qui pourroit tout un jour, et qui n’étoit pas pour céder, non pas même pour souffrir une rivale. » Ce fut alors que, pour triompher de la réserve de Nangis, la princesse s’avisa d’un artifice bien féminin. Ce fut de le piquer de

  1. La Beaumelle et Saint-Cyr, par M. Achille Taphanel, p. 213. Par conscience, nous croyons devoir extraire du même ouvrage une note que La Beaumelle écrivait sur son carnet, après une conversation avec le maréchal de Noailles : « M. de Nangis, premier écuyer de Mme la duchesse de Bourgogne (ceci est déjà une erreur allait souvent avec elle à la Ménagerie, faire du fromage et penser, » mot auquel La Beaumelle attachait un sens particulier, mais c’est là une brutalité masculine à laquelle on n’est pas obligé de croire pas plus qu’à deux couplets orduriers qu’on trouve dans le Chansonnier français et dont l’un est reproduit dans le Nouveau Siècle de Louis XIV, t. III, p. 303.