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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/28

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qu’à Ham, il transforma en un très remarquable travail sur le Passé et l’Avenir de l’Artillerie. Après son avènement, ce qui concernait l’armée devint sa principale préoccupation. Non sans errer parfois sur des détails pratiques qu’il ignorait, il réalisa cependant d’utiles progrès. En 1853, il fit adopter le canon obusier lisse, qui, sur les champs de bataille de Crimée, se montra très supérieur au canon russe. Il venait récemment de doter l’armée du canon rayé La Hitte, qui allait nous assurer sur les Autrichiens la supériorité dans la nouvelle campagne. Il ne se contentait pas de parler des choses militaires avec ce feu et cette compétence qui frappèrent le colonel de Roon à Strasbourg ; en 1857, il commanda en personne les manœuvres du camp de Châlons, où toute la garde se trouvait réunie, et montra des connaissances tactiques que ses généraux ne soupçonnaient pas. Il allait se trouver, dans cette grande plaine de l’Italie septentrionale, dans cette belle vallée du Pô que son oncle a immortalisée deux fois, par l’extraordinaire campagne de 1799 et par l’admirable récit de Sainte-Hélène ; il allait s’avancer avec une armée superbe à travers ces cours d’eau, la Sesia, le Tessin, l’Adda, l’Oglio, la Chiese, le Mincio, l’Adige, sur ces routes où était encore imprimée partout la trace des pas de Bonaparte. Serait-il digne militairement du nom qu’il portait ? la France et l’Europe se le demandaient.

Sa première mesure fut d’heureux augure. « Il est de principe, a dit Napoléon, qu’une armée doit toujours tenir toutes ses colonnes réunies, de manière que l’ennemi ne puisse pas s’introduire entre elles. Lorsque, par des raisons quelconques, on s’écarte de ce principe, il faut que les corps détachés soient indépendans dans leurs opérations et se dirigent, pour se réunir, sur un point fixe vers lequel ils marchent sans hésiter et sans de nouveaux ordres, afin qu’ils soient moins exposés à être attaqués isolément. » C’est ce que fit Napoléon III. Son armée entrant en Italie à la fois par Gênes et par Suse, c’est-à-dire à des distances telles que les deux fractions ne pouvaient pas se donner la main, il les plaça sous deux commandemens indépendans : l’aile gauche, composée des 3e et 4 e corps destinés à arriver par les Alpes, placée sous le maréchal Canrobert ; l’aile droite, composée des 1er et 2e corps et de la garde, dirigée vers Gênes, sous Baraguay d’Hilliers. Les deux ailes, après avoir opéré leur mouvement isolé avec le plus de célérité possible, devaient se réunir à Alexandrie, où l’Empereur viendrait prendre le commandement en chef.