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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/256

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prodigieuse de gibier cette année. On attribue cela à la sécheresse qui est excessive. »

A ce goût un peu trop passionné peut-être pour la chasse il n’y avait pas grand mal. Il fallait bien que cette nature ardente se dépensât d’une façon ou d’une autre. Saint-Simon, que son attachement pour le duc de Bourgogne n’aveuglait pas, lui reproche, avec plus de raison, certains amusemens moins dignes de son âge et de son rang. C’est dans le célèbre écrit intitulé dans ses Mémoires : « Discours sur Monseigneur le duc de Bourgogne » qu’il composa sur la demande de Beauvillier [1]. « Je gémis sans cesse, dit-il, de voir encore des mouches étouffées dans l’huile, des grains de raisin écrasés en rêvant, des crapauds crevés avec de la poudre, des bagatelles de mécanique, une paume et des volans déplacés… et le trop continuel amusement de cire fondue et de dessins griffonnés. »

Comme ce discours était destiné peut-être à passer sous les yeux du duc de Bourgogne, Saint-Simon s’exprime ici avec une certaine mesure. Quelques pages plus loin, il traduit plus brutalement sa pensée lorsqu’il dit : « D’un autre côté, il ressembloit fort à ces jeunes séminaristes qui, gênés tout le jour par l’enchaînement de leurs exercices, s’en dédommagent à la récréation par tout le bruit et toutes les puérilités qu’ils peuvent. » Cette même expression de séminariste revient encore quelques lignes plus bas sous la plume de Saint-Simon : « Le jeune prince était passionnément amoureux de Mme la duchesse de Bourgogne ; il s’y livroit en homme sévèrement retenu sur toute autre, et toutefois s’amusoit avec les jeunes dames de leurs particuliers, souvent en séminariste en récréation, elles en jeunesse étourdie et audacieuse. »

Etourdies et audacieuses étaient assurément ces jeunes dames. Le bon abbé Proyart va nous dire, dans son style fleuri, à quelles épreuves leurs folâtres entreprises mettaient le duc de Bourgogne. « Il se considérait à la Cour comme au milieu de cette isle voluptueuse dont son cher Mentor lui avoit dépeint les dangers. Il étoit continuellement en garde contre les invitations insidieuses et tous les artifices de ces nymphes perfides qui se disputoient la gloire de triompher de la vertu du fils d’Ulysse [2]. « Madame prétend qu’une de ces dames ayant dit au duc de Bourgogne qu’il avait de beaux yeux, il s’efforça à partir de ce moment de loucher devant elle, pour détruire l’impression qu’il lui avait faite.

  1. Saint-Simon, édition Chéruel de 1857, t. VIII, p. 175.
  2. Proyart, t. II, p. 275.