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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/252

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le haranguer, il refusa de les recevoir « comme gens inutiles à l’État [1]. »

Un point sur lequel il eut plus de difficulté à se vaincre, ce fut le jeu. Il avait déjà renoncé à la danse, à la comédie, à l’opéra, qu’il jouait encore et parfois assez gros jeu. Pour se défaire de cette passion il dut s’y reprendre à plusieurs fois et progressivement. Il commença d’abord par s’abstenir de jouer pendant le carême. Puis il renonça au lansquenet, le jeu des grosses pertes. Ce qui finit cependant par triompher de son penchant, ce ne fut pas le scrupule que pouvaient lui causer ses pertes et la pensée que l’argent ainsi dépensé aurait pu être mieux employé. Ce fut au contraire la joie que lui causaient ses gains. « Il sut se mettre au-dessus de cette passion, dit le Père Martineau, par la réflexion qu’il fit que l’amour du jeu n’est dans le fond qu’un désir bas et sordide du gain ; désir, par conséquent, indigne d’un prince qui ne doit avoir que des sentimens nobles et élevés [2]. » Ce qu’il y eut de plus remarquable, c’est qu’au lieu de renoncer purement et simplement au jeu, il fit sur lui-même l’effort, que les joueurs invétérés s’accordent à considérer comme le plus difficile, de jouer un jeu très modéré. Il s’imposa d’abord de ne jamais risquer plus d’argent qu’il n’en avait devant lui et d’imposer cette règle aux autres, ce qui limitait son gain comme sa perte ; puis il renonça non seulement au lansquenet, mais au brelan, et il se borna aux petits jeux, au papillon, dit Saint-Simon où il ne risquait et ne laissait guère risquer plus de deux ou trois pistoles. C’était pour lui manière de tenir une cour, d’attirer du monde autour de lui, et de faire à certains courtisans, qu’il savait peu fortunés, la politesse de les admettre à son jeu. S’il jouait encore, ce n’était plus par avarice, c’était par charité.

Devons-nous dire qu’il eut encore à se vaincre sur un autre point : un certain penchant pour les plaisirs de la table ? Ce n’est pas qu’il ressemblât à son frère le duc de Berry, qui se mettait fréquemment en état d’ébriété. Mais, gros mangeur comme tous les Bourbons, il aimait aussi à boire. Saint-Simon le dit nettement, et le soin même que ses panégyristes, Martineau et Proyart, mettent à le défendre contre cette accusation montre qu’il y avait bien quelque chose de vrai. « Si le prince a paru avoir quelque

  1. Dangeau, t. XIII, p. 392. Lettre de la marquise d’Huxelles citée en note.
  2. Recueil des vertus du duc de Bourgogne et ensuite Dauphin, pour servir à l’éducation d’un Grand Prince, par le R. P. Martineau, son confesseur, p. 134.