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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/251

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point encore, ce qui donne de plus en plus à croire qu’il y a renoncé [1]. » On lui prêtait cette parole : « Les spectacles d’un dauphin, c’est l’état des provinces. » Non content de s’abstenir ainsi, il cherchait à détourner les courtisans d’aller à la comédie. Les autres princes s’en plaignaient. C’est ainsi que, le 12 octobre 1703, le comte de Toulouse écrivait de Toulon, où il était à bord de son vaisseau amiral, au duc de Gramont : « Je vois M. le duc de Bourgogne revenu, et à son retour recommençant à peu près la vie passée. Ce que vous m’avez mandé de la comédie est pourtant bien fort. Il seroit à souhaiter qu’il y prît plaisir lui-mesme au lieu de vouloir en esloigner les autres. Mais cela n’arrivera point [2]. »

Sur cette question du théâtre, les scrupules du duc de Bourgogne étaient d’accord avec ceux de Mme de Maintenon, qui s’en préoccupait au point de vue du salut du Roi. Elle-même raconte qu’elle s’en ouvrit un jour à « M. le duc de Bourgogne, qui est un saint. — Mais vous, Monseigneur, lui dit-elle, que ferez-vous quand vous serez le maître ? Défendrez-vous les opéras, les comédies et les autres spectacles ? Bien des gens prétendent que s’il n’y en avoit point, il y auroit encore de plus grands désordres. — Je pèserois mûrement le pour et le contre, répondit-il ; j’examinerois tous les inconvéniens qu’il peut y avoir de part et d’autre, et je m’en tiendrois au parti qui en auroit le moins [3]. » Ce parti eût été sans doute, suivant Proyart, « celui de laisser subsister le théâtre en le réformant sur le modèle des pièces composées pour Saint-Cyr [4]. » Pour ce qui était de la musique, le duc de Bourgogne avoit trouvé cependant un autre moyen de concilier ses scrupules et ses goûts. C’est Madame qui nous l’apprend : « Il fait, écrivait-elle, des chants religieux sur les airs des plus beaux opéras afin de pouvoir les chanter. » Mais pour le théâtre et les comédiens, il était, de notoriété publique, fort mal disposé. Dans une circonstance où ils étaient menacés de disgrâce, il leur refusa assez durement sa protection. Quelques années plus tard, après la mort de Monseigneur, quand ils voulurent venir

  1. Dangeau, t. IX, p. 302.
  2. Les archives de la famille de Gramont contiennent un assez grand nombre de lettres du comte de Toulouse au duc de Gramont, avec qui il était très lié. Il l’appelle toujours Fanfan. Nous devons à une aimable communication d’avoir pu prendre connaissance de celle dont nous tirons cet extrait.
  3. Mme de Maintenon, Lettres historiques et édifiantes, t. II, p. 367.
  4. Proyart, t. II, p. 178.