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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/247

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coûtera deux ou trois cents pistoles pour le théâtre seul [1]. » Sur ce théâtre fut monté durant l’hiver de 1700 l’opéra d’Alceste de Lulli. Les chanteurs étaient le duc de Bourgogne, le duc de Chartres, le comte de Toulouse, le duc de Montfort, le comte d’Ayen ; les chanteuses, la princesse de Conti, Mmes de Villequier et de Châtillon et Mlle de Sanzay. Le duc et la duchesse de Bourgogne avaient ainsi tous deux le goût des représentations théâtrales, et le duc de Bourgogne avait même, sur ce point, un peu donné l’exemple à sa femme.

Un exemple plus fâcheux qu’il lui donnait également, c’était celui de se livrer au jeu. Nous savons même par Saint-Simon qu’il était très mauvais joueur, et, là aussi, se retrouvait la vivacité de son caractère encore mal dompté. « Il aimoit le jeu avec passion et le plus gros jeu estoit le plus agréable à son goût. Il y estoit très adonné et en même temps très fâcheux, mesme assez longtemps après s’estre changé sur tout le reste ; il ne pouvoit souffrir de perdre par l’amour du gain et encore par le dépit d’estre surmonté, même par le pur hazard <[2]. » Parfois il se mettait à la table de jeu trois fois dans la même journée, le matin, dans l’après-dînée et après souper. C’était tantôt dans les salons de Marly, tantôt dans l’appartement de la princesse de Conti, où Monseigneur jouait presque tous les jours, tantôt dans celui de la duchesse de Bourgogne elle-même. Il autorisait et encourageait ainsi par sa présence la regrettable habitude qu’elle avait prise de rassembler ses dames pour jouer avec elle. Dangeau, qui note tous ces petits faits, sans commentaires, fait cependant cette remarque discrète : « Monseigneur et Mgr le duc de Bourgogne jouèrent le matin, l’après-dînée, et après souper au brelan, mais à des tables différentes car Mgr le duc de Bourgogne joue beaucoup plus petit jeu que Monseigneur. » Cependant il ne jouait pas toujours petit jeu, car le même Dangeau note une fois qu’il fit un gros gain au lansquenet, et une autre fois que, pour s’acquitter de ses dettes, il dut s’adresser au Roi : « Monseigneur le duc de Bourgogne demanda ces jours passés de l’argent au Roi qui lui en donna plus qu’il n’en demandoit, et, en le lui donnant, il lui dit qu’il lui savoit le meilleur gré du monde de s’être adressé à lui directement, sans lui faire parler par personne, qu’il en usât

  1. Dangeau, t. VII, p. 294 et passim.
  2. Saint-Simon, Écrits inédits, t. II ; Mélanges, t. Ier ; Collections sur feu Monseigneur le Dauphin, p. 411.