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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/233

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




30 avril.


En dehors du procès des Ligues, il serait difficile de trouver, dans la quinzaine qui vient de s’écouler, un incident digne de retenir l’attention. C’est une singulière idée qu’a eue le gouvernement de poursuivre devant les tribunaux quelques-unes des associations qui se sont formées dans ces derniers temps, et notamment la Ligue de la Patrie française et celle des Droits de l’homme, sous l’accusation de s’être constituées et d’avoir fonctionné contrairement à la loi. Jamais accusation n’a été mieux fondée. Pourtant les organisateurs des Ligues étaient excusables de paraître ignorer la loi, puisque cette ignorance était réciproque, et que la loi ou du moins ceux qui l’appliquent paraissaient ignorer les associations. Il existe aujourd’hui un nombre assez considérable d’associations de plus de vingt personnes qui ne se cachent pas, que tout le monde voit, et que le gouvernement seul feint de ne pas voir. On a parlé surtout de la franc-maçonnerie, parce qu’elle est la principale de ces associations, la plus active et la plus envahissante ; mais il y en a d’autres encore qui mènent une vie plus modeste, quelquefois utile, et qui prospèrent sans que le gouvernement s’occupe d’elles. Il est maître de les dissoudre quand cela lui plaît, mais, généralement, il ne leur veut pas de mal, et il leur rend le grand service de passer à côté d’elles sans les regarder et sans les voir. C’est tout ce qu’elles désirent. Survienne un caprice ministériel : les yeux de la police se fixent subitement sur l’association non autorisée, et c’en est fait d’elle. Ces associations, ne vivant que de tolérance, ne sont jamais assurées du lendemain. Si elles en doutaient, l’aventure qui vient d’arriver aux Ligues des Droits de l’homme et de la Patrie française les rappelleraient à la fragilité de leur sort.

Nous ne ferons pas l’histoire de ces deux ligues : leur origine est trop récente et leur durée a été trop courte pour qu’on puisse en rien dire qui ne soit présent à toutes les mémoires. Le but qu’elles se sont proposé l’une et l’autre est parfaitement légitime, avouable et hono-