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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/19

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Napoléon III quitta Paris le 10 mai. A sa sortie des Tuileries, en voiture découverte, sans pompe officielle, en tenue de campagne, tunique et képi, une immense acclamation le salua ; dans les quartiers populaires, l’enthousiasme devint délirant ; sur la place de la Bastille, la foule se précipita sur la voiture, agitant les chapeaux avec frénésie, aux cris de : « Vive l’Empereur, vive l’Italie, vive l’armée ! » Les amis furent surpris autant que les ennemis. La passion de la démocratie française pour l’émancipation des peuples se manifestait une fois de plus. Même ceux qui, depuis Décembre, faisaient froide mine à l’Empereur du coup d’Etat, portèrent en triomphe l’Empereur de la guerre. Non parce qu’il partait pour une guerre quelconque, mais parce qu’il partait pour une guerre d’affranchissement.


II. — LA PRÉPARATION
I

En 1859, il n’existait ni en France, ni en Autriche, pas même en Prusse, un système bien combiné de mobilisation du personnel et du matériel militaires qui permit de passer rapidement du pied de paix au pied de guerre. L’état de paix et l’état de guerre étaient distincts, et l’on n’allait de l’un à l’autre que par des opérations longues, dispendieuses, compliquées : achats exceptionnels de chevaux, de voitures, d’approvisionnemens, etc. Si, dès le 1er janvier, alors que la guerre parut imminente, on avait commencé ces opérations avec diligence, elles eussent été terminées au début des hostilités, et nos troupes auraient franchi les Alpes abondamment pourvues. Cela ne se fit pas. Le maréchal Vaillant, inquiet et tourmenté, demandait-il à agir, on l’arrêtait. On craignait de donner un aliment à l’incrédulité diplomatique, d’ôter un air de sérieux aux négociations pacifiques, de surexciter les mauvaises dispositions de l’Allemagne et celles guère meilleures de l’Angleterre. A un dîner chez Walewski, le prince Napoléon, ministre des Colonies, interpella vivement Vaillant : « Eh bien, maréchal, nos troupes sont-elles prêtes ? avez-vous donné des ordres ? — Non, Monseigneur, aujourd’hui même l’Empereur m’a dit d’attendre. — Attendre ! mais quoi ? que les Autrichiens soient à Turin ! C’est absurde. Vous verrez que vous serez victime de ces interminables retards ; viendra le moment où