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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/18

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Le Piémont ayant accepté les conditions qui devaient assurer la paix, on se demande quelle peut être la raison de cette invasion soudaine : c’est que l’Autriche a amené les choses à cette extrémité qu’il faut qu’elle domine jusqu’aux Alpes ou que l’Italie soit libre jusqu’à l’Adriatique ; car, dans ce pays, tout coin de terre demeuré indépendant est un danger pour son pouvoir. — Jusqu’ici la modération a été la règle de ma conduite ; maintenant l’énergie devient mon premier devoir. — Que la France s’arme et dise résolument à l’Europe : Je ne veux pas de conquête, mais je veux maintenir sans faiblesse ma politique nationale et traditionnelle ; j’observe les traités à condition qu’on ne les violera pas contre moi ; je respecte le territoire et les droits des puissances neutres, mais j’avoue hautement ma sympathie pour un peuple dont l’histoire se confond avec la nôtre, et qui gémit sous l’oppression étrangère. — La France a montré sa haine contre l’anarchie ; elle a voulu me donner un pouvoir assez fort pour réduire à l’impuissance les fauteurs de désordre et les hommes incorrigibles de ces anciens partis qu’on voit sans cesse pactiser avec nos ennemis ; mais elle n’a pas pour cela abdiqué son rôle civilisateur. Ses alliés naturels ont toujours été ceux qui veulent l’amélioration de l’humanité, et, quand elle tire l’épée, ce n’est point pour dominer, mais pour affranchir. — Le but de cette guerre est donc de rendre l’Italie à elle-même et non de la faire changer de maître, et nous aurons à nos frontières un peuple ami qui nous devra son indépendance. — Nous n’allons pas en Italie fomenter le désordre ni ébranler le pouvoir du Saint-Père, que nous avons replacé sur son trône, mais le soustraire à cette pression étrangère qui s’appesantit sur toute la Péninsule, contribuer à y fonder l’ordre sur des intérêts légitimes satisfaits. — Nous allons enfin sur cette terre classique, illustrée par tant de victoires, retrouver les traces de nos pères ; Dieu fasse que nous soyons dignes d’eux ! » (Des Tuileries, 3 mai 1859.)

Le conseil des ministres, auquel l’Empereur lut ce manifeste, le trouva beau, mais d’une extrême violence [1]. Walewski insista pour la suppression de la phrase : Il faut que l’Italie soit libre des Alpes à l’Adriatique. Etait-on certain d’y réussir ? A quoi bon s’engager ? L’Empereur, se croyant aussi sûr des événemens qu’il l’était de sa volonté, maintint la phrase.

  1. Carnet de Vaillant.