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au point de vue des races, est monté en Grèce de 76 à 81 : le nombre des dolicho-blonds et même des dolicho-bruns y est donc devenu minime. Ce fait indique un changement profond du type : la Grèce est aujourd’hui brachycéphale, et par conséquent, au point de vue anthropologique, elle est en majorité « celto-slave. » Nous avons vu qu’on trouve cependant encore, de tous côtés, mais à l’état de dissémination, les divers traits du type grec classique : le nez droit, les grands yeux bleus, les belles chevelures blondes. M. E. Reclus, non sans y mettre quelque complaisance, reconnaît chez le Béotien d’aujourd’hui la même démarche lourde « qui faisait de lui un objet de risée parmi les Grecs » ; le jeune Athénien lui paraît avoir « la souplesse, la grâce et l’allure intrépides » qu’on lui reconnaissait dans l’antiquité. Les femmes d’Athènes, selon M. Gaston Deschamps, ressemblent plutôt à des figurines de Tanagra qu’à la Vénus de Milo, « avec une pointe de sauvagerie mutine » qui rappelle le voisinage de la race albanaise. En général, « leurs cheveux sont furieusement noirs et leurs yeux brillent sous le voile de longs cils ; leur teint est mat, légèrement pâli. » On admire d’ailleurs chez les femmes grecques la dignité calme, la vivacité de sentimens, la naïveté, l’entier dévouement à ceux qu’elles aiment.

Il est des ressemblances de mœurs, de coutumes, de genre de vie, qui traversent nécessairement les siècles, surtout dans les contrées où le mouvement de la civilisation moderne a été peu intense. Un pays de côtes et d’îles comme la Grèce favorisera toujours la vie maritime, et ses montagnes conserveront des coutumes qui remontent à des siècles. Mais ce sont là des ressemblances superficielles. On en peut dire autant des qualités ou défauts qui sont sous la dépendance immédiate du genre de vie que le pays commande. La langue elle-même impose un certain pli, favorise tels modes de penser et surtout de parler. Il y a de la rhétorique dans les langues mêmes du midi, il y en a, nous l’avons vu, et aussi de la dialectique dans la langue des Grecs. Mais, ici encore, nous sommes en présence d’héritages intellectuels, d’une éducation de la pensée et de la parole qui n’entraîne pas nécessairement les mêmes facultés profondes qu’à la grande époque hellénique. Juger les caractères nationaux d’après tous ces signes, ce serait juger d’après les dehors.

La Grèce, en outre, n’a pu être radicalement transformée depuis son affranchissement ; il lui reste donc plus d’une empreinte