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De sentir, rougissant chaque fois d’y penser,
Son épaule plus douce encore à caresser.



III. — LE LABOUREUR



Mars préside aux travaux de la jeune saison ;
A peine l’aube errante au bord de l’horizon
Teinte de pâle argent la mare solitaire,
Le laboureur, fidèle ouvrier de la terre,
Penché sur sa charrue, ouvre d’un soc profond
Le sein toujours blessé, le sein toujours fécond.
Sous l’inflexible joug, qu’un cuir noue à leurs cornes,
Les bœufs à l’œil sanglant vont, stupides et mornes,
Balançant leurs fronts lourds sur un rythme pareil.
Le soc coupe la glèbe, et reluit au soleil.
Et dans le sol antique ouvert jusqu’aux entrailles
Creuse le lit profond des futures semailles...
Le champ finit ici, près du fossé bourbeux ;
Le laboureur s’arrête, et dételant ses bœufs.
Un instant immobile, et reprenant haleine,
Respire le vent fort qui souffle sur la plaine ;
Puis, sans hâte, touchant ses bœufs de l’aiguillon,
Il repart, jusqu’au soir, pour un autre sillon.



IV. — LA MAISON DU MATIN



La maison du matin rit au bord de la mer,
La maison blanche au toit de tuiles rose clair.
Derrière un frêle écran de pâle mousseline,
Le soleil luit, voilé comme une perle fine ;
Tout l’espace frissonne au vent frais du matin.
Sur le haut des rochers, redoutés du marin,
Nysa, debout au seuil, qu’une vigne décore.
Un enfant sur ses bras, sourit, grave, à l’aurore.
Et laisse, en regardant au large, le vent fou
Dénouer ses cheveux mal fixés sur son cou.