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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/936

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REVUE DES DEUX MONDES. aussi, la musique les évêque. Dehors plus que modestes, humble perspective et misérable horizon :

Le ciel est par-dessus le toit,
Si bleu, si calme.
Un arbre par-dessus le toit
Berce sa palme…

et la ténuité de la mélodie, la gracilité des accords oscillans exprime bien la maigreur de ce paysage urbain, faubourien peut-être, contemplé par la lucarne d’une cellule, dans le morne demi-silence d’un dimanche d’été.

Après M. Erlanger, qui est simple, — ou qui le fut autrefois ; — après M. Reynaldo Hahn, raffiné et subtil, voici M. Gustave Charpentier, avec qui vous aurez plus de peine. On ne dira pas au moins que sa musique manque de couleur : elle attire l’œil, et même elle le tire, avant de s’adresser à l’oreille, à l’intelligence et à la sensibilité. En de flamboyans frontispices, tantôt l’orchidée fleurit ; tantôt, sur un ciel d’azur et d’or, où montent des fumées d’usines, se profilent, vêtues de blanc et coiffées à la Botticelli, de longues et plates demoiselles. Ce n’est pas tout : musicien polychrome et partisan de l’audition colorée, M. Charpentier a coutume de faire graver ses diverses mélodies en des encres différentes, selon le sujet ou le sentiment. Ainsi le rouge sang lui paraît en rapport avec un refrain de compagnons vaguement anarchiste ; le mordoré ne va pas mal aux Yeux de Berthe ; c’est en doubles croches violettes qu’il convenait d’invoquer « l’Amante aux yeux d’améthyste », et le bleu de ciel s’imposait pour une chanson de muletier italien.

On reconnaît volontiers en M. Charpentier ce qu’on appelle « une nature » ou encore « un tempérament ». On n’a pas tort, à cette seule condition, — d’ailleurs généralement observée, — de prendre les deux mots à rebours : d’appeler « tempérament » l’excès et l’intempérance même, et d’entendre par « nature » justement le contraire du naturel et de la simplicité. La musique de M. Charpentier pèche souvent par la surabondance et la surcharge ; elle a quelque chose de touffu et d’échevelé. Jamais, en revanche, rien de mesquin ni de plat. Il est rare que M. Charpentier ne vise pas à la grandeur. Il y atteint quelquefois ; d’autres fois il l’affecte seulement et n’arrive qu’à l’amplification et à l’emphase. Mais il a reçu de précieux dons : l’imagination mélodique d’abord. Il a surtout des débuts triomphans. Ses mélodies, même celles qui tournent et finissent mal, s’annoncent bien : avec franchise, avec éclat, avec puissance ; elles ont tout de suite grand air. Et