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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/921

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sa nature qu’il s’est efforcé de voiler, et qui étaient les meilleurs. Peu à peu un portrait se dégage, très différent de celui que Mérimée avait lui-même accrédité au prix d’une longue patience et d’une application soutenue.

On se représente volontiers la personne des écrivains d’après leurs livres et à la ressemblance de leurs héros. Ce grand étalage de perversité auquel Mérimée s’était complu dans ses Nouvelles ne pouvait manquer de faire impression sur l’esprit du lecteur crédule. Il le sait, et il s’en faut qu’il le regrette. Il met sa vanité à passer pour un très méchant homme. Il conte quelque part avec une évidente satisfaction l’anecdote d’une dame qui, obligée de voyager avec lui en diligence, lui envoya une députation à l’effet de le supplier qu’il l’épargnât. L’attitude qu’il s’est choisie dans le monde et où il s’étudie à paraître est faite pour confirmer les gens dans cette mauvaise opinion. Tous ceux qui, sans pénétrer dans l’intimité de Mérimée, l’ont connu pour l’avoir rencontré dans les salons, en ont emporté le même souvenir, celui d’un monsieur des plus désagréables, railleur à froid, poussant la moquerie jusqu’à l’impertinence et la plaisanterie jusqu’au mauvais goût. Ce Mérimée sceptique et cynique, esprit fort et cœur sec, est aussi bien celui des Lettres à Panizzi. C’est à propos de la vente de certains papiers de Stendhal que Mérimée est entré en relations avec l’administrateur du British Muséum. Toute cette correspondance est donc en quelque manière sous les auspices de Stendhal. Son esprit y circule et s’y manifeste de deux manières : par le goût pour les in congruités et par la dérision des choses religieuses. Il n’y a pas à l’horizon un procès scandaleux, il n’y a pas dans la chronique du beau monde une turpitude, que Mérimée n’en régale aussitôt son correspondant. Il ne manque pas davantage une occasion d’exhaler sa haine contre les dévots, contre l’engeance cléricale, contre Lamoricière qu’il appelle Lamoricierge, et contre le « vieil entêté du Vatican ». Encore pourrait-on dire que l’anticléricalisme est une opinion, et mettre ces déclamations sur le compte de la passion politique. D’autres traits sont sans excuse : les bouffonneries sur notre « sainte religion », sur « la bénédiction de notre saint-père le pape », sur le paradis « où les élus sont pourvus de chronomètres Bréguet », sur la sainte Vierge qui est « très active cette année. » Dans ce genre de facéties, ce n’est pas l’impiété qui choque.

Ces taches déparent les Lettres à Panizzi ; nous n’aurons garde de les oublier, attendu qu’il ne faut pas,. sous prétexte de réformer l’opinion reçue, changer Mérimée en un émule de Grandisson. Mais ce