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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/911

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Mais il est un point sur lequel tout le monde sera d’accord : à savoir les mérites militaires de premier ordre du soldat turc. Une des grandes qualités du soldat ottoman est précisément de n’être pas difficile. En théorie, pendant la campagne thessalienne, les hommes devaient recevoir environ un kilogramme de pain par jour, un peu de viande, et un peu de maïs. En fait, ils n’ont mangé bien souvent que du biscuit, attendri dans l’eau bouillante, et arrosé de café ; plus, bien entendu, les bœufs, les moutons et les volailles qu’ils se procuraient par d’intelligentes perquisitions. Mais les Grecs, — et ceci nous est affirmé par les correspondans qui ont suivi leur armée, — ayant fait passer chez eux presque tout le bétail, les ressources trouvées ainsi ont été insignifiantes.

Ainsi la question du ravitaillement se trouvait simplifiée, Celle du costume l’était encore davantage. Les hommes avaient des vareuses avec des boutons de métal : mais que la vareuse fût propre ou sale, déchirée ou en bon état, nul ne semblait s’en soucier. Le fez restait seul comme signe distinctif. L’autorité militaire avait fait pourtant une distribution de bottes : les soldats turcs les ont portées, mais sur leurs dos ! Un morceau de cuir de bœuf découpé en forme de semelle, une bande de grosse bure roulée autour des mollets, et montant par-dessus le genou, leur paraissaient une chaussure infiniment plus commode. Peut-être n’avaient-ils pas tort ! Ainsi équipés et nourris, ils montraient une extraordinaire résistance à la fatigue. Leur ordre de marche était choquant pour des yeux européens ; en colonne, un bataillon s’étale parfois sur une longueur de huit cents mètres. Seulement la concentration se fait au moment du combat avec une rapidité qui a étonné de bons juges. Il faut remarquer d’ailleurs que le bataillon et la compagnie sont ici les réelles unités militaires : le régiment, la brigade, la division ne sont guère que des formations idéales ; et on les disloque, on les disperse, on les mêle, avec une insouciance qu’il faut regretter. La dernière campagne, pourtant, paraît-il, marque, à cet égard, un véritable progrès sur les précédentes. Au chef de bataillon, la plus grande initiative est laissée pour l’ordre de marche. L’essentiel est d’arriver, et on arrive, en faisant des prodiges. Voici par exemple la brigade d’Hassan-Pacha qui quitte ses tentes à cinq heures du matin, combat de huit heures à midi, puis marche en avant. Le lendemain, marche, combat, travaux de