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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/889

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Hollande, pour ne pas parler de la Russie, et même un peu inférieur à celui de l’Angleterre. En revanche, la mortalité serait faible au Japon, dépassant à peine 20 pour 1 000, de sorte que l’augmentation de la population japonaise aurait été de 5 millions d’âmes en quatorze ans ; c’est un accroissement presque exactement égal à celui de la population de l’Angleterre dans la même période.

Pour que la race jaune augmentât considérablement, il faudrait qu’elle trouvât des colonies. Le Japon en cherche. Il est un peu tard pour s’en constituer. Si les Européens en Océanie et en Amérique n’avaient pas limité l’immigration asiatique, il est possible qu’avec le temps, les îles du Pacifique fussent arrivées à contenir plus de jaunes que de blancs. De même, si l’on ouvrait librement Madagascar et l’Afrique orientale, comme le proposent certains coloniaux anglais, aux immigrans d’Asie, il serait possible que ces vastes contrées fussent en un siècle peuplées par les Hindous. Néanmoins, un envahissement du monde par les jaunes et les noirs et la subordination de la race blanche est au plus haut degré improbable. Il ne peut, en tout cas, y avoir là de danger prochain. La vraisemblance est qu’au fur et à mesure que la civilisation européenne pénétrera ces races, les mêmes influences qui réduisent la natalité chez nous la réduiront chez elles, comme on le voit déjà au Japon.

Ce n’est donc pas le très problématique encombrement futur du monde qui doit nous alarmer. Le problème beaucoup ; plus actuel consiste à chercher les moyens, sinon de relever le taux de la natalité française, ce qui paraît bien difficile, du moins de l’empêcher de décroître davantage. Il ne faut pas se dissimuler que, quand les Bretons et les Flamands se feront de la vie et de la famille la même conception que les Normands ou les Gascons, la natalité française se réduira encore sensiblement, et de 22 et demi ou 23 pour 1 000, tombera au-dessous de 20 ; notre population se trouverait alors exposée à décroître de 60 000 à 80 000 âmes par an, à moins que l’on ne s’appliquât à réduire considérablement les décès, ce dont on ne s’occupe qu’insuffisamment.

La faible natalité française a des inconvéniens politiques qui sont connus de tout le monde ; la balance des forces tourne chaque année de plus en plus à notre détriment. Ce n’est pas seulement en politique, c’est en industrie que le faible taux de notre natalité nous nuit. Les enfans de nos familles, qui n’en ont qu’un ou deux, entourés d’une tendresse amollissante, de soins débilitans, inclinés