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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/879

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la grande influence exercée par la religion sur la natalité des unions, au beau livre de Fustel de Coulanges, La Cité antique, et pour la même constatation chez des races différentes, à l’ouvrage tout aussi célèbre, quoique d’une inspiration différente, de Sumner Maine, L’Ancien Droit. Il est vrai que M. Nitti fait des réserves au sujet de la faveur que le célibat ecclésiastique ou monastique rencontre dans la doctrine catholique. Mais ces réserves sont de peu de portée. En fait, les peuples restés profondément fidèles à la religion catholique, comme les paysans italiens et espagnols, ont une natalité qui est à peu près égale à celle des Allemands et qui dépasse de beaucoup celle des Anglo-Saxons, des Scandinaves et des Suisses. La religion catholique, plus encore que toutes les autres, enseigne la résignation à son sort, condamne l’égoïsme et déconseille l’ambition, même légitime ; c’est-à-dire qu’elle exalte le sentiment qui tend à rendre les familles nombreuses et qu’elle réprouve ceux qui tendent à diminuer le nombre des enfans. Elle se montre enfin d’une inexorable sévérité à l’endroit de toutes les pratiques frauduleuses qui tendent à diminuer la fécondité des unions. Dans une annexe à son livre, La Viriculture, M. de Molinari a réuni sous le titre : Le Devoir conjugal et le but du mariage au point de rue chrétien, de très curieuses et très topiques prescriptions des docteurs et des écrivains catholiques à ce sujet. Si les préceptes religieux étaient observés dans le mariage, la natalité française, au lieu d’être restreinte à 850 000 ou 880 000 naissances par année, monterait certainement à 1 200 000 au moins.

L’influence la plus contraire à la fécondité, c’est la nouvelle conception démocratique de la famille. Ce n’est pas seulement parce que les enfans sont une charge dans le présent qu’on en limite le nombre, c’est parce que, dans tous les rangs de la population, aujourd’hui, on désire ardemment que, d’une génération à l’autre, la famille s’élève sur l’échelle sociale. L’idée que leurs enfans seront dans une moindre position sociale qu’ils ne le sont eux-mêmes est insupportable à la plupart des parens. On ne se résigne même pas au simple statu quo pour ses descendans, c’est-à-dire à une situation analogue à celle qu’on occupe soi-même ; on veut les voir monter. Les rêves ambitieux qu’on n’a pu satisfaire pour soi-même, on les reporte sur ses enfans. L’ouvrier souhaite que son fils soit patron ou fonctionnaire ; le paysan désire qu’il devienne un « monsieur », un employé d’administration ou