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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/859

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du siècle présent chez les peuples occidentaux, de son ralentissement, au contraire, très accentué dans les dernières décades, a fait l’objet de nos observations prolongées ; que nous croyons avoir trouvé, sinon une loi, du moins une théorie qui permet de se rendre compte non seulement des faits présens, mais de la direction des faits prochains. La prévision est possible en matière sociale, à la condition que l’on n’embrasse qu’un champ limité, la vie de deux ou trois générations, par exemple, sans prétendre deviner ce qui se passera dans mille ou cinq cents ans.

Les influences auxquelles obéit actuellement et auxquelles obéira longtemps encore, suivant toutes les présomptions rationnelles, le mouvement de la population chez les peuples civilisés, voilà ce que nous allons examiner dans cette étude.


I

La plupart des hommes ont l’esprit tellement imprégné de l’impression des faits contemporains ou du moins des faits récens, qu’ils les considèrent comme représentant le cours normal et perpétuel des choses. Ainsi, de ce que la population a énormément augmenté depuis un siècle ou cinq quarts de siècle dans l’Europe occidentale, on en tire la conclusion qu’il est normal qu’elle augmente de ce train et qu’un ralentissement ou un arrêt de cet accroissement est en quelque sorte une infraction à l’ordre naturel des sociétés. Cependant, si l’on veut bien réfléchir et comparer, on verra que la très grande augmentation de la population des nations européennes est un phénomène propre à la fin du XVIIIe siècle et au siècle présent. Les âges immédiatement antérieurs n’ont rien vu de pareil.

On estime que vers la fin du XVIe siècle, l’Angleterre comptait un peu moins de 5 millions d’habitans, qu’elle en avait 6 millions à la fin du XVIIe siècle, ayant gagné seulement 1 million ou 16 à 17 pour 100 en cent ans. Le XVIIIe siècle, au contraire, dont la deuxième moitié coïncide avec l’ouverture de l’ère des grandes inventions et la constitution de la grande industrie, augmenta de 2 800 000 âmes la population anglaise, soit de moins de 50 pour 100, ou d’un demi pour 100 par an, et la porta à 8 873 000. Ces calculs sont, sans doute, simplement approximatifs, parce que la statistique ou, comme on disait alors, l’arithmétique politique, reposait encore sur des bases incertaines ; mais ils suffisent pour