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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/855

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le règne des Bourbons et le temps des brigands. Un bon propriétaire de Mattinata sur le Gargano me le disait tout naïvement : du moins, avant 1860, on pouvait encore mettre de côté pour ses enfans quelques écus à l’effigie du roi, les francesconi. Demandez maintenant à notre poète de Rionero, au vieux Raffaele Tirico, ce qu’il pense des jours présens :

Aujourd’hui il n’y a plus de bien
Ni pour le Pape, ni pour la Sainte Couronne !

et il acclame le souvenir du bandit qu’autrefois il a vu passer victorieux au travers de son village :

Vive à jamais le général Crocco !
Il estimait les pauvres diables ;
Jamais il ne demandait qu’aux riches,
Et il empochait les millions !

Cela a été imprimé il y a six ans. De telles récriminations pourraient faire craindre des revendications. Mais les paysans de l’Italie méridionale souffriront sans se révolter. Ils parlent des Bourbons simplement comme parlent du passé les malheureux qui ne savent pas travailler à l’avenir. Mais ils ne connaissaient pas le « roi légitime » qui maintenant est mort ; et ils ignorent qu’il ait un héritier sur la terre étrangère. Les rares partisans de la dynastie tombée se trouveraient, non pas dans le peuple des campagnes, mais parmi quelques-familles de l’aristocratie napolitaine, qui se réunissent chaque année dans une église de la via Toledo pour assister à un service funèbre, et qui reçoivent, sans le lire, un journal bizarre, qui, pour défendre le droit divin, se donne le titre de « Vrai Guelfe » : Il vero Guelfo. Quant au brigandage considéré comme une profession dangereuse et honorable, la tradition en est à jamais perdue. On n’entend même plus parler en Basilicate ou en Calabre de bandes armées comme celles qui attaquent les fermes isolées en Sicile ou en Sardaigne. Ceux que l’on désigne comme des brigands, par exemple les frères Frattarolo qui, l’année dernière, tenaient en échec dans les forêts du Gargano une armée de bersagliers et de carabiniers, ceux-là sont des contumaces, des latitanti, qui font le coup de feu pour ne pas être pris, mais qui n’attaqueront jamais un passant inoffensif. Leur rébellion contre la force organisée est un effet de l’amour de la liberté, si ardent chez ces nomades, et qui