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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/843

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une habitude séculaire et encore une nécessité actuelle : les sentiers éloignés des habitations sont matin et soir sillonnés de paysans, comme les tratturi étaient autrefois, à deux époques de l’année, couverts de troupeaux en marche. Mais, de plus, à certaines époques, c’est nuit et jour et par groupes compacts que les routes charrient des foules, attirées par quelque but invisible. Le but est un sanctuaire éloigné, et les voyageurs sont des pèlerins. Pour comprendre les grands pèlerinages de l’Italie méridionale, il ne faut pas en juger d’après les nôtres. Certes, il y a de nos jours en France de grands élans de ferveur et d’imposantes processions de fidèles. Mais les plus vivaces des pèlerinages français sont suscités par des dévotions récentes et des miracles contemporains : les vieux sanctuaires, comme Saint-Michel au péril de la mer, sont même délaissés pour les églises neuves. D’autre part, les caravanes qui se forment pour la Salette ou pour Lourdes sont composées d’organisateurs et de zélateurs, ou de malades et de malheureux : le pèlerinage, pour les uns, est un effort vers la source des guérisons et des grâces ; pour les autres, il est une bonne action et une manifestation catholique, et certes, le spectacle est émouvant, de tant d’actes d’espérance, soutenus par des œuvres de charité qui sont des professions de foi… Enfin, le pèlerinage est une cérémonie solennelle et régulière, dirigée par les autorités ecclésiastiques et organisée par les bonnes volontés laïques : les pèlerins forment une armée qui a ses officiers et ses intendans, et le corps des brancardiers de Lourdes est un vrai service d’ambulance. Les pèlerinages français, revues des forces catholiques, apparaissent comme l’œuvre savante d’un parti renouvelé ; ils sont bien différens même des pieuses visites que quelques paysans français font encore à une chapelle grise tout embaumée de douces légendes, comme les Bretons vont chaque année saluer la bonne sainte Anne d’Auray et le grand saint Pol de Léon.

Si vous voulez vous faire une idée des pèlerinages que nous allons suivre, oubliez l’Immaculée de Lourdes, et n’allez pas à la Madone de Pompéi, qui en est une contrefaçon en style italien. Ne vous souvenez pas non plus du double pèlerinage de Monte-Vergine et de la Madonna dell’Arco, dont vous aurez vu le retour fameux dans un voyage ou dans un tableau : des cris, des chansons, des attelages fringans, des pompons, des grelots, des voitures emportées, pleines de joyeuses commères et de jeunes sacripans.