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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/798

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par trop dispersés ; il y a trop de branches dans leur famille. Deux de ces branches seulement semblent, du reste, appelées à une grande fortune politique : les Tchèques et les Polonais, dont l’alliance, dans le combat final entre Slaves et Allemands, peut donner la victoire aux Slaves. En attendant que sonne l’heure des Tchèques, si elle doit sonner, de l’heure des Polonais ont déjà tinté discrètement les premiers coups. Les Tchèques ont fait plus de bruit, mais les Polonais ont fait plus de chemin ; et si l’Autriche se « dégermanise » pour se « slaviser », ce sera par eux : ce sont eux qui serviront de pont et faciliteront le passage.

Où l’Autriche en sera-t-elle demain ? L’évolution qui se dessine sera-t-elle traversée et déviera-t-elle ? Ou bien s’achèvera-t-elle ? — On ne sait : tout ce qu’on sait, c’est qu’à ce jour, l’Autriche en est aux Polonais. Le ministre commun des affaires étrangères est Polonais ; le président du conseil autrichien et quatre ministres sur neuf sont Polonais. — Et sans doute ce n’est pas la première fois qu’en Autriche les Polonais occupent le pouvoir ; mais c’est la première fois qu’ils l’occupent en force, et surtout, c’est la première fois que, dans le parlement impérial, dans le Reichsrath, la majorité est polonaise et tchèque, et l’opposition allemande.

L’Autriche en est comme renversée. Non pas que, s’il s’agit de fidélité à la maison de Habsbourg et à l’Empereur, les Tchèques et les Polonais soient moins Autrichiens que les Allemands ; mais ils le sont autrement, et leur Autriche serait autre. Ainsi dans le parlement impérial, dans le Reichsrath, de même que ce sont avant tout des nationalités qui sont représentées, ce sont pardessus tout des questions de nationalité qui s’agitent ; et les partis se classent par nationalités, et les hommes sont toujours les hommes d’une nationalité. Ils sont Allemands avant d’être progressistes ou libéraux, Tchèques avant d’être radicaux, cléricaux, ou agrariens. Les socialistes eux-mêmes se sont vus obligés de briser la discipline et la hiérarchie du parti, de s’organiser par nationalités : socialistes de Bohême, de Moravie, de Haute et Basse-Autriche, etc.

La « lutte des races » — aussi bien c’est un Slave d’Autriche qui a créé l’expression — la « lutte des races » est donc devenue au premier chef une question parlementaire et, pour tout dire, la première des questions parlementaires, la seule à l’instant où nous sommes. La transformation de l’Empire, qui doit ou du