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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/79

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comme si l’Église de la foi, trois cents ans après le différend de Luther et de Tetzel, était à la veille de devenir l’Église de la fiscalité ! Aussi le ministère pastoral, souvent ingrat et inefficace, séduit-il de moins en moins les hommes de bonne volonté : plus du quart des pasteurs sont fils de pasteurs, et plus de la moitié des fils de pasteurs se font pasteurs ; malgré cette circonstance, propice au recrutement des facultés de théologie évangélique, le nombre des étudians y a diminué de 27 pour 100 entre 1891 et 1896, alors que, durant la même période, la clientèle des facultés de théologie catholique augmentait de 9,2 pour 100.


III

Laissons de côté ces cadres trop lâches, l’Eglise d’Etat, la communauté paroissiale : la vie chrétienne y circule mal, entravée tantôt par les ordres ou les prohibitions du pouvoir, et tantôt par l’encombrement de la foule incroyante : elle n’y trouve point, surtout, le terrain d’éclosion qu’elle requiert ; et lorsqu’elle s’y développe, c’est à la faveur de courans adventices, qu’ont lâchés, dans les arides déserts des Eglises officielles, les hommes d’œuvres de la Mission Intérieure ou bien quelques conventicules de croyans, discrets et à demi schismatiques.

La Mission Intérieure, l’une des grandes créations du XIXe siècle, a marqué, de la part de la Réforme, un retour sur elle-même. « La foi seule justifie, sans les œuvres » ; tel fut, au XVIe siècle, le point de départ du mouvement. Voués au mal, incapables de tout bien, quelle vanité n’est-ce point à nous d’essayer de bonnes œuvres ? S’y risquer, même, en se flattant qu’elles pourraient avoir quelque prix auprès de Dieu, n’est-ce point un péché ? Ainsi raisonne la dogmatique luthérienne, le plus puissant système peut-être qui jamais ait été conçu pour humilier et déprimer l’homme. Comme en un verre grossissant, la conscience tourmentée de Luther nous fait voir le contraste entre ces péchés vivans que nous sommes et la magnifique clémence de Jésus. Nous sommes passifs dans l’œuvre du salut ; entre la créature et le Créateur, Luther a supprimé toute collaboration ; le bien que nous penserions faire est encore du mal, et peut-être une cause de damnation. Si cette doctrine avait intégralement subsisté, le bilan charitable de la Réforme ne serait qu’une vaste page blanche. Mais la théologie évangélique, en esquivant, même au prix