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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/750

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REVUE DES DEUX MONDES.

Bazaine — décidément, il avait du temps à perdre ! — s’arrêtait sur la route de Sainte-Barbe, rassemblait les commandans de corps d’armée dans une maison de cantonnier. Il leur donnait ses instructions, leur communiquait les dépêches de Flahault et de Macherez.

— Un beau soleil pour percer ! fit Décherac.

Oui, une admirable journée ! Tous les visages avaient un air d’espoir, de jeunes officiers riaient. Il faisait bon vivre, par ce temps radieux, chaud par exemple. Garçon ! un bock ! commanda Jubault. Boum ! voilà !… Qu’est-ce qui arrive ? Rien… Le temps qui coule, qui coule, irrémédiablement. Il est trois heures. Les commandans de corps se sont dispersés, et derrière eux s’en sont allés au trot Laisné, Cussac, Gex, Carrouge, des aides de camp, des officiers d’ordonnance. Qu’a-t-on décidé ? D’attendre. Bazaine donnera le signal, un coup de canon tiré du Saint-Julien. Alors Lebœuf, sur qui tout le mouvement doit se régler, pourra se mettre en marche.

Maintenant, derrière le maréchal, Du Breuil, dans le flot de l’escorte, parcourt le terrain occupé par les troupes du 4e corps, s’avance au delà de la ligne des tirailleurs, sur la route qui conduit à Villers-l’Orme. Le maréchal fait construire un épaulement afin d’abriter une batterie. Puis, on revient vers Grimont : nouvel épaulement. Une batterie de pièces de gros calibre barrera la route, préparera l’attaque ou soutiendra la retraite. Une compagnie de sapeurs arrive, forme les faisceaux, met sac à terre, saisit pelles et pioches, et sous la direction des sous-officiers qui tracent au mètre le profil régulier de la batterie, dans un soulèvement de terre rejetée, l’épaulement se dresse.

— Décherac !

Il part, court au fort Saint-Julien réclamer 3 pièces de 24 court. Un capitaine d’artillerie le suit, avec des attelages. Du Breuil se désole : « Qu’est-ce qu’on attend ? » Il caresse Cydalise, pauvre Brutus !… Il se rappelle la chute terrible, l’étourdissement de la mort… Et d’aller ainsi, ballotté avec l’escorte, jusqu’à ce qu’une voix bien connue le hèle ; Décherac est de retour :

— Mon cher, on paierait sa place, là-haut ! Quelle vue ! — Il désigne les glacis, les parapets, la masse lourde du fort. — C’est plein d’habitans de Metz, venus en spectateurs. J’ai salué Mme de Fontades. (Une fort jolie femme, dont le mari, gentilhomme fermier, s’était réfugié à Metz, avec leurs jeunes enfans). Sainte-