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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/722

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doute que deux précautions valent mieux qu’une : nous n’y contredisons pas.

Il est donc enfin permis d’espérer que la paix est sur le point de se conclure, et que l’Orient, après avoir été si agité, va enfin trouver un peu de repos. Toutefois, il ne faudrait pas trop s’y fier, et les puissances qui sont parvenues à empêcher la guerre de s’étendre n’ont pas encore terminé leur tâche. La Grèce, assurément, n’a aucune envie de courir de nouvelles aventures, et ce n’est pas d’elle que viendra le danger, au moins avant un certain nombre d’années. Elle reste pour cela trop affaiblie ; mais son affaiblissement même n’est pas sans inconvéniens pour l’équilibre des Balkans. Elle avait déjà bien de la peine à résister à l’énorme poussée du monde slave qui l’enserre partout du côté du continent ; elle y résistait cependant et le prestige qui s’attachait à elle était une force qu’il fallait faire entrer dans tous les calculs. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Dès le premier jour, prévoyant le dénouement d’une lutte inégale, nous avons annoncé que la plus sûre de ses conséquences serait de refouler l’hellénisme vers la mer, où peut-être ont toujours été ses destinées, et d’abandonner la péninsule des Balkans au slavisme qui n’y trouve plus désormais de contrepoids suffisant. De ce fait en découleront beaucoup d’autres. Les puissances ont réussi à tenir en respect les principautés balkaniques pendant le cours des hostilités : leur accord pour le même objet sera de plus en plus nécessaire dans l’avenir. Se maintiendra-t-il aussi pour imposer à l’empire ottoman les réformes dont on parlait tant il y a quelques mois et dont on parle un peu moins aujourd’hui, bien qu’elles ne soient pas moins urgentes ? Il est à croire que le Sultan, après des victoires qui ont eu un immense retentissement dans tout le monde islamique, ne se montrera pas aussi maniable qu’on avait pu l’espérer. A vrai dire, il ne l’a jamais été beaucoup. Il pratique, avec autant de succès que ses devanciers les plus habiles, l’art de traîner les choses en longueur et d’épuiser la patience des autres, alors que la sienne reste toujours égale et immuable. Une désespère de rien, ne renonce à rien, laisse passer sur lui les orages les plus bruyans et même les plus terribles, et il se retrouve ensuite tel qu’il était auparavant, sans avoir rien cédé, sans avoir rien perdu. On dira peut-être qu’il a cédé la Crète à l’Europe. A force de le répéter, nous avons fini par le croire ; mais cela même n’est pas bien sûr. Toutes ses démarches permettent de craindre qu’il n’y ait sur ce point quelque malentendu entre l’Europe et lui. Il n’a jamais considéré sa souveraineté comme devant devenir purement nominale. Il n’a jamais consenti au retrait de ses