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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/717

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Rien n’est plus ordinaire, en Orient, que le fait d’indemnités promises et jamais payées : le Sultan le sait mieux que personne, soit à titre de débiteur, soit à titre de créancier. Il n’a pas encore payé à la Russie la totalité de l’indemnité qu’il lui doit depuis près de vingt ans ; en revanche, il n’a pas encore touché lui-même celles que lui doivent telles provinces détachées de son empire et devenues depuis lors plus ou moins indépendantes. Les mœurs de la Grèce dans cette matière ne la distinguent pas des autres pays orientaux ; loin de là ! et si le Sultan n’avait eu d’autre caution que celle du gouvernement hellénique pour l’acquittement futur de l’indemnité de guerre, il aurait pu faire figurer la somme pour mémoire dans la partie la plus vague, la plus aléatoire, la plus incertaine de son budget. L’empereur Guillaume ne l’entendait pas ainsi. Il a posé tout autrement que l’Angleterre la question que l’Europe avait à résoudre. Pas d’évacuation de la Thessalie avant qu’une partie appréciable de l’indemnité ait été versée : telle a été sa première proposition, on pourrait dire sa première sommation. C’était prendre exactement, et peut-être trop ouvertement, le contre-pied de l’Angleterre. Une aussi grande puissance, même lorsqu’elle s’est placée dans une situation fausse et intenable, doit être traitée avec plus de ménagemens. Aussi en a-t-on, dans la forme, mis beaucoup à son égard. On lui a laissé présenter successivement toute une série de propositions nouvelles qui se rapprochaient de plus en plus de celles de l’Allemagne. C’étaient toujours des propositions de lord Salisbury qui étaient accueillies, grande satisfaction sans doute pour son amour-propre ; seulement, quand elles l’ont été toutes, on s’est aperçu que c’étaient celles de l’Allemagne qui avaient, en fin de compte, prévalu. L’évacuation de la Thessalie n’a pas été subordonnée à l’acquittement matériel de l’indemnité, mais à l’exécution d’une série de mesures qui rend cet acquittement certain. Pour la première fois peut-être, le Sultan est presque sûr d’être payé. C’est une heureuse innovation : comment a-t-elle été opérée ? Ici, il faut citer les textes. « La Grèce, dit l’article 2 des préliminaires, paiera à la Turquie une indemnité de guerre de 4 millions de livres turques. Un arrangement pour faciliter le paiement rapide de l’indemnité de guerre sera fait, avec l’assentiment des puissances, de manière à ne pas porter atteinte aux droits acquis aux anciens créanciers détenteurs de titres de la dette publique de la Grèce. A cet effet, sera instituée à Athènes une commission internationale des représentans des puissances médiatrices, à raison d’un membre nommé par chaque puissance. Le gouvernement hellénique fera adopter une loi, agréée