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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/716

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malheur, la Grèce peut s’estimer heureuse d’avoir rencontré la médiation de l’Europe. Que serait-il arrivé si elle avait été laissée plus longtemps en tête à tête avec la Turquie victorieuse ? L’armée ottomane ne s’est arrêtée, ou plutôt n’a été arrêtée qu’après avoir franchi tous les obstacles que la nature et l’art avaient placés entre la frontière commune et les faubourgs d’Athènes. Rien ne pouvait plus suspendre sa marche, si ce n’est l’intervention des puissances. Voilà ce qu’il ne faut pas oublier si on veut se rendre compte des difficultés que celles-ci ont rencontrées, et qu’elles sont en partie parvenues à vaincre.

Ces difficultés ne venaient pas seulement de la Porte, ni même de la Grèce, mais encore de l’opposition qui existait entre quelques-unes des puissances elles-mêmes. Faut-il rappeler sur quels points principaux des divergences se sont produites ? Nous le ferons très brièvement, car nos lecteurs n’ont pas pu en perdre le souvenir. Le gouvernement anglais, dans une pensée bienveillante à l’égard de la Grèce, généreuse à coup sûr, mais insuffisamment pratique, aurait voulu que l’évacuation de la Thessalie par les troupes ottomanes fût accomplie tout de suite et sans conditions. On aurait procédé ensuite aux négociations en vue de la paix. C’était demander beaucoup au gouvernement ottoman. C’était exiger de lui plus, peut-être, qu’il n’était disposé à accorder. C’était s’exposer, en cas de résistance de sa part, soit à un recul de l’Europe, soit à des complications où son entente un peu artificielle aurait rencontré une épreuve redoutable. L’Angleterre avait-elle prévu et mesuré d’avance les conséquences possibles de son attitude ? En avait-elle accepté les inconvéniens ? S’était-elle préparée à y faire face ? C’est une question que nous ne sommes pas à même de résoudre : en tout cas, les autres puissances se sont montrées moins hardies, ou peut-être seulement plus prudentes. L’Allemagne a obéi d’ailleurs, dès le premier jour, à des préoccupations différentes de celles qui inspiraient l’Angleterre. L’empereur Guillaume n’a pas oublié qu’une partie considérable de l’ancienne dette hellénique était entre des mains allemandes, et qu’elle y avait déjà subi de regrettables variations de valeur : il devait veiller à ce qu’elle n’en éprouvât pas de nouvelles et de plus graves encore. Le rôle qu’il avait à remplir dans ce dessein se conciliait d’ailleurs fort bien avec celui qu’il avait adopté dès le début de la guerre, et, après avoir ouvertement manifesté ses sympathies à la Porte dans le domaine militaire, il devait naturellement les lui manifester aussi dans le domaine financier. Si le Sultan, par l’évacuation de la Thessalie, avait abandonné le seul gage qui pût lui garantir l’exact acquittement de l’indemnité de guerre, tout porte à croire qu’il n’en aurait jamais vu la première livre.