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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/690

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Dès 1893, M. R. E. Preston, directeur général de la Monnaie à Washington, constatait que la production totale de l’or atteignait 777 750 000 francs ; qu’elle tendait à s’accroître rapidement ; que les jours de la frappe de l’argent étaient comptés ; que ceux-là se trompaient qui concluaient à une dépréciation prochaine de l’or et à une hausse correspondante de l’argent du fait de la production croissante de l’or.

Cette thèse ne pourrait en effet se soutenir que si la demande d’or demeurait stationnaire, l’extraction devenant plus abondante. Il n’en est rien. La tendance est générale en faveur de l’étalon d’or et, à part les Etats-Unis, grands producteurs d’argent, toutes les nations réclament le monométallisme, avec l’étalon d’or. Il n’est pas un pays en Europe qui, volontiers, ne remplaçât son argent monnayé, sauf l’appoint nécessaire pour les petites transactions, par l’or, s’il le pouvait faire sans de trop onéreux sacrifices. L’Allemagne convertirait en or les 500 millions de francs en thalers d’argent qu’elle a en circulation ; ainsi ferait la France de ses pièces de cinq francs représentant à peine la moitié de leur valeur nominale. Les besoins d’or de la Russie sont considérables ; l’Autriche-Hongrie, l’Italie, en manquent ; le Japon adopte l’étalon d’or ; la Chine l’imite ; toute l’Amérique du Sud le demande et le Mexique, dernière citadelle de l’étalon d’argent, est encombré de ce métal déprécié. Pour tous les grands emprunts modernes l’intérêt est stipulé payable en or, et l’or fait défaut aux demandes. Bien des années s’écouleront encore avant que l’humanité dispose de la quantité d’or nécessaire à ses besoins !


C. DE VARIGNY.