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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/688

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jusqu’ici qu’en envoyant au Klondyke des forces de police de plus en plus considérables. Mais l’émigration grandit, elle aussi. « On ne voit, écrit le New-York Herald, que gens en route ou partant pour le Klondyke. Jamais on n’a assisté à pareille fièvre de l’or. Rien n’arrête les émigrans, ni la mort par le froid dans la passe de Chilkoot, par la faim ou par le scorbut dans les défilés du Yukon, ni l’hiver qui s’approche. Sur les routes de Juneau et de Dawson on se heurte déjà aux ossemens humains de centaines de malheureux morts de misère et de maladie. Ces centaines deviendront des milliers, car pendant l’hiver les passes sont souvent infranchissables aux plus intrépides et aux plus résistans. »

Des hommes qui ont bravé de pareils dangers, qui en ont triomphé, qui croient enfin tenir la fortune qu’ils ont tout risqué pour conquérir, reculeront-ils devant une milice bien inférieure en nombre et chargée d’exécuter des mesures dont les mineurs nient la légalité, dont bon nombre d’hommes éminens au Canada discutent le bien fondé et contestent l’opportunité ? Parmi ceux-ci sont le maire de Victoria, M. Redfern, et des membres du parlement canadien, qui réclament énergiquement le retrait de ces mesures draconiennes. Des journaux anglais se joignent à eux, entre autres le Speaker. « Le Canada prétend, dit-il, prélever, à titre de royalty, une taxe spéciale sur les mineurs de terrains d’alluvion. Pourtant l’expérience faite dans la Guyane anglaise n’a pas été encourageante. Elle a arrêté l’émigration des mineurs, ajourné le peuplement et le développement de la colonie. Elle ne subsiste que parce que la population n’est pas assez nombreuse pour en imposer le rappel. Si vous prétendez la prélever sur les mineurs du Klondyke, attendez-vous à une autre bataille de Ballarat. »

De son côté, le gouvernement américain intervient en faveur de ses nationaux, réclamant pour eux un traitement analogue à celui qu’il accorde lui-même aux étrangers en Californie, dans les régions minières de l’Arizona, du Montana, du Colorado et dans l’Alaska. La question est pendante, mais une solution s’impose à bref délai, sous peine de graves conflits.

D’ordre plus général, la question de savoir quelles conséquences peut avoir et quelle influence peut exercer, sur la situation économique et financière, la découverte des nouvelles mines d’or, est plus importante encore. On vit cette question se poser en 1849 à propos de la Californie, en 1851 à propos de l’Australie,