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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/678

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a nom « The Jacobs transportation Company », a déjà un ballon prêt à partir ; elle en aurait sur le chantier plusieurs autres, lesquels, si les premiers résultats sont encourageans, correspondraient avec les vapeurs fluviaux à Tilko-Pass ou à Douglass-City.

La route actuellement suivie par les mineurs est celle qui a Seattle pour point de départ, et permet de gagner en quinze jours Saint-Michael, à l’embouchure du Yukon. De là, remontant le fleuve sur des bateaux plats, on atteint Circle City, distant de 300 milles des mines du Klondyke. Là on est par 65° de latitude nord, par 165° de longitude ouest, et sur le parcours, qui lui reste à faire à pied ou en traîneau, le voyageur longe le cercle polaire arctique, dont 25 lieues seulement le séparent. L’hiver, la neige et la glace, l’été, le sol boueux et les eaux hautes, sont autant d’obstacles pour l’émigrant. Puis il sait qu’au cours, non plus qu’au terme, de ce long voyage, il ne trouvera ni vivres, ni approvisionnemens, ni outils, ni vêtemens. Force lui est donc de traîner avec lui ce qu’il lui faut pour huit mois au moins, c’est-à-dire, d’après les calculs les plus stricts des mineurs les plus expérimentés : 500 livres de farine, 100 de haricots, 100 de porc salé, 10 de thé, 100 de sucre, 30 de café, 150 de conserves de fruits cuits, de sel, de poivre et ustensiles de cuisine, le tout du prix d’achat d’environ 500 francs et dont le transport seul, s’il a recours à l’aide des Indiens, revient à 75 francs par 100 livres. Puis ses outils, sa tente, son coffre à médicamens, ses vêtemens. Ces derniers doivent être appropriés au climat et le mettre à même de résister à des froids rigoureux. Les mineurs ont adopté, à cet effet, le costume des Indiens : de grandes bottes en peau de phoque ou de marsouin ; des pantalons en peau de marmotte ou de daim de Sibérie ; la parka, ou pelisse en mêmes fourrures ou en peau de lynx, avec un capuchon qui se rabat sur la tête et dont les poils longs abritent le visage contre les vents qui doublent l’intensité du froid. Une bonne et durable parka, fabriquée par les Indiens, ne coûte pas moins de 500 francs. C’est ainsi équipé et approvisionné que l’émigrant du Klondyke va affronter les rigueurs d’un hiver polaire et travailler, parfois dans l’eau jusqu’au genou, au long des affluens glacés du Yukon.

C’est là, dans les terres boueuses que les glaciers charrient, que les eaux délaient, que les remous tamisent, que se trouve, dans les creeks qu’alimentent les Alpes du mont Saint-Elie, situé plus au sud, l’or en parcelles ou en pépites. De longues et larges