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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/675

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Francisco, la panique régnait ; on tenait la ville pour ruinée, le sceptre du Pacifique allait passer aux mains de Victoria City, métropole de la colonie anglaise. En trois mois, la valeur des propriétés baissa de 80 pour 100 ; l’une d’elles, Blytbes Gore, entre les rues Market et Geary, dont on avait offert, en 1876, 7 500 000 francs que son propriétaire avait refusés, ne trouvait plus acquéreur à 150 000 francs.

Négocians, banquiers, hommes de loi, tous prenaient leurs mesures pour se transporter, eux, leurs capitaux et leurs marchandises, à Victoria, où régnait une animation indescriptible. En juin, les eaux du Fraser commencèrent à baisser ; en juillet, on constata que l’or n’était pas plus abondant dans le lit en partie découvert que sur les bords ; en août, on ne croyait plus à la richesse des nouveaux placers ; en septembre, on revenait enfouie. On évaluait à 45 millions la somme en numéraire que cette aventureuse campagne coûtait aux mineurs trop crédules. Un petit nombre seulement ne revinrent pas. Poussant toujours plus avant, ils formèrent l’avant-garde de ces hardis pionniers qui se hasardèrent dans les solitudes glacées de l’Alaska, y découvrirent l’or et n’ébruitèrent pas leur découverte. Ils étaient d’ailleurs peu nombreux et très disséminés. Cassiar Bar, le plus riche champ d’or alors connu d’eux, sur le cours supérieur du Yukon, était presque inaccessible. On n’y recevait et on n’en expédiait qu’un courrier tous les six mois. Ce ne fut qu’en 1885 que l’on entendit dire que les rares mineurs qui le travaillaient en retiraient jusqu’à 150 francs par tête et par jour ; que, sur le Stewart River, le rendement atteignait jusqu’à 500 francs ; que les placers ne donnant qu’une moyenne de 70 francs étaient abandonnés comme improductifs. Ce ne fut qu’en 1892 que les faits se précisèrent et que l’on s’en émut. On ne comptait guère alors plus de 250 mineurs, clairsemés dans cette vaste région aurifère longeant la frontière qui sépare l’Alaska du Canada et dont quelques-uns des dépôts les plus importans se trouvaient situés, disait-on, par-delà le 141° degré de longitude ouest, c’est-à-dire sur le territoire anglais.

En 1889, le docteur W. Seward Webb avait visité l’Alaska ; et, dans un volume presque introuvable aujourd’hui, tiré à 500 exemplaires seulement et offert à des amis, il avait fait de cette contrée une description des plus curieuses et des plus exactes. Gendre de Vanderbilt, président du « Wagner Palace Car Company », il