Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/66

Cette page n’a pas encore été corrigée


les souverains achetaient leur pouvoir sur l’Église par la protection qu’ils lui donnaient ; cette protection passait pour archaïque, à mesure que triomphaient les principes de tolérance ; mais l’Etat prétendait toujours à régner sur l’Eglise évangélique, bien qu’il n’aspirât plus à régner pour elle.

Cet anachronisme, par lequel il conservait tous ses droits après avoir fait bon marché de ses devoirs, provoqua dans certaines sphères un mouvement de réveil. Les communautés de la Prusse Rhénane et de la Westphalie, que le voisinage de la Hollande et les immigrations suisses avaient imprégnées d’influences calvinistes, cherchaient volontiers, dans l’histoire des temps apostoliques, des indications ou des modèles pour l’agencement de l’établissement religieux. A la différence du luthéranisme pur, elles attachaient à la constitution de la primitive Église une importance quasi sacro-sainte. Et c’est au nom même de leurs consciences qu’elles purent opposer au système du territorialisme, fatal pour les libertés ecclésiastiques, l’idéal d’une organisation synodale. L’État prussien tint compte de leurs vœux lorsqu’il élabora pour ces deux provinces le règlement de 1835, qui laissait aux communautés l’élection de leurs pasteurs et créait une représentation des intérêts religieux. Et vers la même époque, en Bade, en Bavière, des aspirations analogues recevaient des pouvoirs publics un commencement de satisfaction.

Frédéric-Guillaume IV, qui prit en 1840 la couronne de Prusse, jugeait mortelles pour l’Eglise les chaînes dont elle était chargée par l’Etat ; il les voulait détacher. Si dans la vie de cette Eglise l’Etat n’avait été qu’un intrus, le pieux monarque eût réussi dans son œuvre ; mais c’est par l’Etat, dans l’Etat, sous l’Etat, que l’Eglise s’était accoutumée d’exister ; et certains sevrages sont plus lents à accomplir qu’à résoudre. Des généreux efforts de Frédéric-Guillaume IV, deux survivances méritent d’être notées : d’abord l’institution du conseil suprême évangélique (Oberkirchenrat), sorte de consistoire souverain, dont la création dessina, entre les affaires temporelles et les affaires spirituelles du royaume, une ligne de partage aussi précise que tardive ; et puis l’exemple, fort rare au sein de la Réforme, d’un chef d’Etat doutant de sa compétence à l’endroit des choses d’Eglise et laissant transparaître ses doutes, non point comme une incertitude de sa pensée, mais comme une angoisse de sa conscience.

Mais au moment où l’Etat semblait se préparer à lâcher les