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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/63

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donner au lecteur d’aussi médiocres impressions qu’à nous-même, nous croyons qu’on les corrigerait utilement en saluant avec nous l’élite évangélique, philanthropes et mystiques de la Réforme : philanthropes qui, s’organisant à côté des Eglises, travaillent pour elles, mystiques qui, groupés en communautés boudeuses ou bien en sectes séparées, entretiennent à travers le protestantisme, et le plus souvent à l’encontre des Eglises, un courant original de foi chrétienne.


I

Pour empêcher que la crosse et le glaive ne fussent réunis entre les mêmes mains et que le chef d’Etat ne prétendît devenir l’intermédiaire entre ses sujets et le Très-Haut, le moyen âge avait versé beaucoup de sang, mis aux prises l’Allemagne et l’Italie, et dissocié, par de longues crises de divorce, ces deux moitiés de Dieu, le Pape et l’Empereur. Contemplée de haut et de loin, l’histoire de toute cette époque apparaît comme un gigantesque effort pour sauvegarder la séparation du spirituel et du temporel, de Dieu et de César, principe fondamental du christianisme. Lorsque Luther détacha de l’Eglise romaine un certain nombre de communautés chrétiennes, bien des crosses furent en déshérence : les évêques auxquels elles appartenaient aimaient mieux en faire le sacrifice que de rompre leur fidélité à l’égard du pape. Alors, provisoirement, pour que ces nouvelles Eglises pussent tout de suite commencer à vivre, Luther confia aux princes et aux seigneurs terriens une partie des attributions jadis symbolisées par la crosse. C’est ainsi qu’il chargeait l’électeur de Saxe d’être le pouvoir d’ordre, qui maintiendrait dans l’Eglise la correction et l’harmonie. Il se remettait à lui du soin de trouver quelque organisation qui suppléât à la vieille et salutaire coutume de la visite épiscopale, tombée en désuétude faute d’évêques. Il l’autorisait, enfin, à punir les mauvaises têtes qui voudraient, « sans bonne raison, faire acte d’isolement » (ohne guten Grund iln Sonderliches machen). C’est au nom de la charité chrétienne (aus christlicher Liebe) qu’il lui demandait d’assumer cette mission ; et de la formule même qu’il employait, il semblait résulter que ceux qui auraient quelque « bonne raison » pour se dérober à la commune consigne ecclésiastique échapperaient à tous châtimens. Mais que valaient ces nuances en face