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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/593

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l’occasion le mérite, un silence attentif peut régner dans le monde entier, les gens de tous pays étant, les uns à la clarté du soleil, les autres à celle des étoiles, suspendus aux lèvres du maître ; car il existe, bien entendu, une langue universelle, sans que pour chacun en particulier la langue maternelle soit abolie. Quelques-uns continuent à s’appliquer, par amour pour les littératures anciennes, à l’étude des idiomes du passé, mais en réalité il n’y a qu’une seule langue vivante.

Julian. West interroge avec curiosité le grand orateur religieux, M. Barton :

— Le téléphone universel et la langue commune à tous les peuples empêcheraient-ils les cérémonies de la religion de subsister ?

— Les cérémonies dont vous parlez, répond le vénérable Barton, appartenaient à l’enfance de la race ; la religion est devenue toute spirituelle.

— Alors vous n’avez plus de sectes, plus de discussions théologiques ?

— Non, parce qu’il n’y a plus de populace ignorante qu’il s’agisse de diriger ; la classe unique est celle des gens cultivés. Lors de notre révolution, les puériles différences de doctrines furent mises en déroute par cet élan unanime d’amour fraternel qui rapprocha tous les cœurs. La culture générale qui s’ensuivit arracha les racines de l’ignorance et de la superstition. Aujourd’hui, la prédication religieuse a cessé d’être une carrière à part. Celui qui la pratique n’appartient pas à une catégorie différente de la masse des citoyens ; les nombreux loisirs laissés par un service qui n’a rien d’écrasant, étant partagé par tous, peuvent être appliqués à des études personnelles, et l’exemption de tout devoir public passé l’âge de quarante-cinq ans nous permet de suivre notre penchant, quel qu’il soit. Bref, le prédicateur est à présent un prophète plutôt qu’un prêtre ; il ne reçoit ni ordination ni exequatur ; son pouvoir dépend entièrement de la réponse que ses paroles ont reçue des âmes où elles tombent. Tout cela, d’ailleurs, ne doit pas vous étonner ; de votre temps, l’influence du clergé baissait à vue d’œil en Amérique (on voit que M. Bellamy ne compte pas avec le catholicisme), et l’autorité de la tradition était partout mise en doute ; vous pouviez pressentir quelque bouleversement. Par habitude de subordination, la femme s’attacha plus longtemps que l’homme aux principes d’autorité en matière