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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/581

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On s’appuya sur la Bible ; on découvrit que la loi évangélique n’avait jamais encore été pratiquée ; le nom de great revival, de grand réveil est resté à cette espèce de croisade nouvelle au nom de la pitié humaine. La contagion gagna les plus intelligens d’entre les capitalistes qui, n’ayant pu empêcher le nouvel ordre de choses, aidèrent à l’organiser. Sans doute il y eut d’abord des tentatives violentes de répression, mais rien qui se puisse comparer aux horreurs de l’ancienne guerre civile ; des collisions partielles seulement, pas de guillotine, pas de fusillades. La période la plus difficile fut celle de transition, car le mouvement, si de bons esprits n’y eussent veillé, aurait pu être détourné de son but principal. La règle d’or s’imposa graduellement, avec sagesse et lenteur : des magasins publics d’approvisionnemens furent ouverts ; les propriétaires ruraux restèrent sur leurs terres comme employés du gouvernement ; on laissa autant que possible leurs emplois aux fonctionnaires. Les impôts étaient tombés en même temps que le revenu et des mesures provisoires furent prises de façon à ne léser personne, sauf les capitalistes, bien entendu, jusqu’à ce que tout le travail de la nation se trouvât organisé selon les besoins publics, avec des gages communs pour tous, c’est-à-dire un crédit égal pour chacun, crédit renouvelé chaque année afin d’empêcher l’épargne et de simplifier la tenue des livres de banque. Bien entendu, les riches qui se croyaient ruinés par le nouveau système crièrent à l’attentat contre la propriété, ils ne se résignèrent point sans peine au service public, on vit des mécontens s’exiler dans les bois ; bah ! ils finirent par en sortir.

L’histoire est remplie d’exemples de spoliations, de conquêtes et de confiscations plus ou moins justifiables, mais qui de fait n’ont jamais supprimé la propriété, se bornant à en rajuster le principe sous d’autres formes. Avant la révolution, en somme, bien peu de gens possédaient quelque chose ; un grand nombre vivaient au jour le jour ; les millionnaires mêmes ne pouvaient dire assuré l’avenir de leurs enfans. Par le nouveau système au contraire, tous furent pourvus d’une part égale, large et déterminée dans la totalité du revenu national ; on peut donc dire que la révolution, loin d’abolir l’institution de la propriété particulière, l’a affirmée d’une manière incomparablement plus positive, plus permanente et plus générale que par le passé, où le droit prétendu sacré qui laissait la richesse aux habiles, n’était en réalité qu’une répétition de l’immorale théorie : « La force prime le droit. »