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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/570

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les artifices de M. de Metternich, à recevoir le mot d’ordre éventuel des puissances, au lieu de le leur donner. C’était une différence capitale et qui devait amener sa démission, comme nous le verrons plus loin.

MM. de La Ferronnays et de Chateaubriand ne lui dissimulèrent pas leur impression, qui était tout autre. Ils le lui témoignèrent dans une conférence qui eut lieu le 8 novembre entre les quatre plénipotentiaires de France, M. de Caraman y compris. Elle aurait eu lieu plus tôt, si M. de Metternich, se défiant au même degré de MM. de La Ferronnays et de Chateaubriand, n’avait pas réussi à inspirer quelque prévention contre eux à M. de Montmorency. « Vous comprenez bien, disait le ministre autrichien, il y a des têtes chaudes, des esprits vifs, des cœurs généreux, auxquels il ne faut pas se confier entièrement. Ils gâteraient tout. » Sans se l’avouer peut-être, M. de Montmorency avait un peu cédé à ces inspirations, et, se renfermant dans son droit de chef de la mission française, il avait toujours différé de rechercher les conseils de sa légation. Mais, obligé de prendre parti sur le principe d’une note collective que lui demandait M. de Metternich et de modifier ainsi le sens des instructions de M. de Villèle, il consentit, le 8 novembre, à cette discussion entre les plénipotentiaires français, dont le journal de M. de Bois-le-Comte et les notes de mon père nous donnent le curieux résumé.

On insista en premier lieu, nous disent-ils, dans cette conférence sur les dangers et la presque impossibilité d’une expédition entreprise contre un pays, où l’orgueil national se soulèverait énergiquement contre l’agression étrangère, où l’empereur Napoléon avait consumé sans fruit plus d’un milliard et sacrifié ses meilleures troupes. On répondait que les sentimens de la grande majorité de la nation étaient favorables au roi, que tout le clergé, très puissant en Espagne, nous seconderait et que nous serions assistés par cette même énergie des basses classes qui nous avait été si opposée et si funeste sous Napoléon.

À l’objection tirée des dépenses énormes que cette guerre occasionnerait à des finances encore délabrées, comme celles de la France à ce moment, on opposait les dépenses continuelles que l’état d’hostilité pacifique où l’on vivait occasionnait chaque jour : la paralysie du commerce, le défaut de production et par suite de revenus qu’entraînerait la situation douteuse et menaçante du statu quo actuel.

On disait que notre armée était peu sûre, que les