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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/545

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France se mît à la remorque de la Sainte-Alliance, comme on la dit injustement, mais il souhaitait de l’affranchir, par son intervention en Espagne, du joug qui pesait sur elle depuis 1815. Il voulait rendre au gouvernement des Bourbons une armée disciplinée et fidèle, nécessité de premier ordre après les cruels malentendus qui, depuis la chute de l’Empire, avaient séparé la France militaire en deux camps ennemis. Cette armée, une fois refaite et dans les mains du Roi, permettait à la Restauration de reprendre vis-à-vis de l’étranger une indépendance d’allures qu’elle avait perdue, et au gouvernement royal de se défendre à l’intérieur contre les sociétés secrètes françaises, qui donnaient la main aux Carbonari d’Italie, aux Illuminés d’Allemagne, et aux Communeros d’Espagne, pour combattre la légitimité. Le gouvernement du Roi devait sortir de cette lutte plus fort et plus uni, et les oppositions coalisées jusqu’alors contre lui dans le Parlement, perdre tout espoir de le renverser. — Voilà l’idée de Chateaubriand, qui fut un moment réalisée, et on ne peut méconnaître que son passage trop court au ministère n’y ait contribué pour une bonne part.

Mais, dira-t-on, en agissant ainsi, il suivait plus ou moins la politique des puissances alliées qui avait prévalu à Vérone par la signature du casus fœderis et le projet du rappel simultané des quatre légations de Madrid. Il se rendait donc, dans une certaine mesure, le complice de la Sainte-Alliance, en servant directement ses vues contre l’Espagne révolutionnaire. Il se laissait envelopper par ce souffle de réaction politique, primitivement dirigé contre la France, qui venait de se manifester récemment contre l’Italie, aux congrès de Troppau et de Laybach, et dont l’empereur Alexandre, sous l’influence plus ou moins directe du prince de Metternich, s’était constitué le représentant. — La réponse est aisée. Chateaubriand n’était pas alors l’ami d’Armand Carrel et de Béranger qu’il est devenu plus tard ; il était l’adversaire naturel de leurs idées. Il servait la Royauté, dont la France avait accepté le rétablissement. Ministre de Louis XVIII, il devait se préoccuper, avant tout, des moyens de défendre à l’intérieur et de fortifier au dehors le gouvernement qu’il avait acclamé dans des écrits inoubliables. Or, il est certain qu’après le succès de l’expédition du duc d’Angoulême, et même aussitôt qu’elle fut décidée, la Royauté trouva dans le pays pour la soutenir une force qui permit à M. de Villèle de gouverner pendant six ans sans difficultés sérieuses et