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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/542

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des passions intérieures et extérieures, qui désiraient se servir du pouvoir royal comme d’un instrument, pour satisfaire des rancunes et exercer des représailles, explicables au point de vue de l’esprit de parti, mais inadmissibles dans l’intérêt général de la nation. L’étranger, de son côté, ne voulait pas se dessaisir de la tutelle morale sous laquelle il prétendait maintenir la France. Si, après la première invasion, il s’était contenté de l’abdication de l’Empereur et de l’abandon de ses conquêtes, on ne pouvait attendre de sa part, après le retour de l’île d’Elbe et la bataille de Waterloo, le même désintéressement. Nous devions sentir peser sur nous, pendant plusieurs années, la pression de l’ancienne coalition qui nous avait vaincus et demeurait, par suite, odieuse au patriotisme national. C’était la seconde partie et la plus difficile de l’œuvre de la Restauration, parce qu’elle l’amenait, si elle voulait donner satisfaction au sentiment du pays, à s’affranchir le plus tôt possible de cette influence occulte du dehors et à se séparer, en même temps, dans les Chambres françaises, des hommes qui avaient été dans le pays, et dans l’exil, ses plus fidèles, sinon ses plus éclairés partisans. Il y avait là une double difficulté. Et cependant, sous le règne de Louis XVIII et pendant le ministère Villèle, elle était parvenue à résoudre ce problème par un concours de circonstances où son habileté fut égale à sa prévoyance. Les résultats en furent considérables, à l’intérieur comme à l’extérieur. En 1824, après l’expédition d’Espagne, nous voyons le gouvernement du roi à la tête d’une majorité considérable dans la Chambre des députés, la rente française au-dessus du pair, et notre indépendance reconquise au dehors s’affirmer, quelques années plus tard, par deux succès : l’affranchissement de la Grèce et la conquête d’Alger.

Ces résultats n’auraient pu se produire, si la diplomatie de la Restauration n’avait été à la fois prudente et capable d’initiative. Il lui était impossible, sans doute, d’entrer en lutte avec les puissances qui l’avaient restaurée. Elle n’était pas assez forte pour se poser en antagoniste des principes qui, d’ailleurs, étaient les siens comme ceux de tous les trônes. Mais ce qu’elle pouvait faire et ce qu’elle réussit à accomplir, c’était, — tout en s’associant à la pensée morale des Souverains, et à leur alliance contre les idées de la révolution, dont elle-même était l’antagoniste nécessaire, — de dégager nettement l’intérêt français et, retournant la position prise au début contre nous, de faire souhaiter à nos anciens ennemis le succès que nous tenions à assurer par nous-mêmes. Ce