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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/510

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REVUE DES DEUX MONDES.

dragons, des cuirassiers, des chasseurs, qui s’avançaient au pas.

Il songeait au dévouement du capitaine de tout à l’heure. « Mais je le connais », se dit-il. L’éclair d’un nom sillonna sa mémoire. « Son cousin Védel ! » puis, après une seconde : « C’est crâne tout de même. » L’impression fâcheuse qu’il avait toujours eue de Védel s’en trouva modifiée. Mais de nouveau l’élan sauvage des uhlans bleus et des cuirassiers blancs reparut. Diminués de moitié, ivres, sanglans, les escadrons prussiens se ruaient frénétiquement devant eux. De part et d’autre une clameur s’éleva, et Du Breuil, la gorge sèche, vit les divisions françaises s’ébranler. Une longue mêlée commença, poussière, corps à corps et fumée, et, dominant le tumulte, des voix perçantes de commandement, des sonneries de trompettes… Enfin, un ralliement plaintif, souffle rauque dans le cuivre troué, faussé par les balles, et sur leurs chevaux à demi fourbus, les derniers des uhlans et des cuirassiers, séparés en deux tronçons, refluaient, fuyaient, décimés, détruits.

Il était trois heures quand, du côté de Gravelotte, Du Breuil retrouva, près d’une batterie de la Garde qu’il installait encore lui-même, le maréchal rejoint par la moitié de l’état-major. Les nouvelles ? Décherac, nerveux, lui dit : « Le 3e corps arrive, le 4e n’est pas loin. — Bon, cela ! » fit Du Breuil. Mais Décherac haussait les épaules. Son sourire devint amer : « Notre chef fait le sous-lieutenant, aujourd’hui. Au lieu de s’attarder à des emplacemens de batteries, que n’écrase-t-il l’ennemi ? c’est le moment ! » Le feu s’était ralenti sur toute la ligne. Décherac continuait : « On pare aux événemens au fur et à mesure… Mais de conception générale, de plan, allons donc ! Le maréchal ne pense qu’à sa gauche. Comme si on voulait rester collé à Metz ! » Cette idée le satisfit. Son sourire s’accentuait. — « Du Breuil ! » appela le général Jarras. On l’envoyait au maréchal Lebœuf, avec prière d’expédier encore du renfort sur la gauche. Il tâcherait ensuite d’avoir des nouvelles du général Ladmirault. « Décidément, jeta-t-il à Décherac on passant, c’est pour Metz que l’on craint… »

Mais puisqu’on s’en va, se répétait-il, puisqu’on cherche à gagner Verdun, pourquoi cette préoccupation bizarre ? C’est à notre droite qu’il fallait agir, à notre droite si nous voulions percer. « Eh bien il Brutus !… » L’alezan bronchait au saut d’un cadavre.

À Saint-Mincel, ou lui dit que le commandant du 3e corps