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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/480

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tacte, et il faudrait peu de chose pour qu’elle retrouvât dès demain toute sa réalité. De quoi demain sera-t-il fait ? comme dit le poète. Nul n’en sait rien. La prodigieuse lenteur des négociations orientales permet à ce sujet de tout craindre, ou de tout espérer, suivant le point de vue où l’on se place. Il est possible que certaines puissances, qui favorisent notoirement ces lenteurs, entretiennent et préparent dans le secret de leurs conseils quelques projets encore mal définis, et qu’elles comptent sur l’imprévu pour les aider à les accomplir. À supposer que cela ne soit vrai d’aucune autre, cela est vrai du moins de la part de la Porte. Le sultan n’a pas renoncé à exercer en Crète une autorité effective. Il ne s’est pas résigné à n’y conserver qu’une souveraineté théorique. Il prend ses dispositions pour obliger l’Europe à compter avec lui quand le moment sera venu. Peut-être espère-t-il trouver alors quelque concours extérieur, soit que le concert européen sorte usé de tant de péripéties diverses, soit que des vues particulières commencent à prévaloir dans certains cabinets. Nous n’avons de garantie contre ces éventualités que la présence des troupes de toutes les puissances, ce qui ne permet pas de considérer la Crète comme une nouvelle Égypte. Mais cette garantie, quelque sérieuse qu’elle soit, n’est pas pleinement rassurante, et il n’est pas impossible que le concert européen, après avoir épuisé toute sa patience sur le continent, ne vienne enfin se rompre sur cette île de Crète, où, selon toute apparence, il devra être mis à une nouvelle épreuve. L’épreuve aurait été facile à surmonter il y a quelques semaines, et elle l’est encore en ce moment ; mais elle ne le sera pas toujours.

Les amiraux n’ont trouvé jusqu’ici qu’un moyen de combattre l’influence de Djevad-Pacha, à savoir de créer une espèce de tribunal militaire, chargé de juger les actes commis contre la sécurité publique et les offenses envers les officiers, gendarmes et soldats internationaux. La commission juge sans appel, sur la base du code militaire italien, à la Canée : des commissions analogues seront créées, s’il y a lieu, sur d’autres points où elles appliqueront le code militaire de la nation à laquelle appartiendra le commandant supérieur de la localité. Voilà qui est fort bien, et on ne peut qu’approuver ces mesures : notre seul étonnement est qu’on ne les ait pas prises plus tôt si elles étaient vraiment nécessaires, ou seulement utiles. Il est clair que la sécurité des troupes internationales doit être assurée par tous les moyens. Mais il semble bien qu’elle n’a jamais été sérieusement compromise, et que la création de la commission militaire ait eu surtout pour but de faire acte d’autorité. Soit ! Nous approuvons les amiraux encore en cela. Il faut