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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/446

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devait de part et d’autre subir bien des retards par suite des questions d’étiquette soulevées à ce sujet par les deux cours, et aussi à cause de l’impossibilité où était don Carlos Coloma, l’ambassadeur désigné pour l’Espagne, d’abandonner les opérations militaires qu’il dirigeait dans les Pays-Bas. Cependant, après maint sursis, le départ de Coloma était enfin annoncé, et c’est avec une satisfaction évidente qu’à la date du 14 décembre Rubens écrit à Olivarès que, conformément à la permission qu’il a reçue, il fait ses préparatifs pour retourner chez lui quelques jours après l’arrivée de Coloma, « car il ne saurait différer davantage sans un grand préjudice pour ses affaires domestiques, lesquelles vont se ruinant par cette longue absence de dix-huit mois et que sa présence seule pourra remettre en état. » Ce retour si impatiemment attendu était de nouveau ajourné par l’arrivée tardive de Coloma, qui non seulement ne faisait son entrée à Londres que le 11 janvier 1630, mais qui retenait encore Rubens près de lui pendant six semaines, ainsi qu’il y était autorisé par l’Infante, afin d’être mis au courant de toutes les négociations auxquelles celui-ci avait été mêlé.

Ce n’est que le 3 mars suivant que Rubens put définitivement prendre congé du roi d’Angleterre au palais de Whitehall. Comme témoignage de l’estime qu’il avait pour sa personne, Charles Ier lui conférait le titre de chevalier, ajoutant à cet honneur le don d’une épée enrichie de pierres précieuses, celui d’une chaîne d’or, d’une bague en diamans qu’il portait au doigt ainsi que d’un cordon de chapeau également garni de diamans et d’une valeur de plus de douze mille francs. Trois jours après, Rubens quittait Londres, porteur d’un passeport spécial du roi, par lequel les Etats de Hollande étaient priés de ne pas l’inquiéter au cas où le navire sur lequel il était monté serait rencontré par leurs vaisseaux. Mais la traversée s’effectua sans encombre. Dès son retour à Bruxelles, l’Infante, pour reconnaître le dévouement et l’intelligence dont « son peintre » avait fait preuve pendant sa mission, décidait qu’il recevrait le traitement de sa charge de secrétaire de son conseil privé, même sans avoir à en exercer les fonctions. A raison des lois héraldiques en vigueur dans les Flandres, le titre de chevalier accordé par Charles 1er à Rubens ne pouvant devenir effectif que moyennant une autorisation de la couronne, l’artiste avait sollicité cette permission « en invoquant le lustre et l’autorité plus grande qu’il en tirerait dans les