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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/441

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Majesté ; mais, voyant que, pour le moment, il n’a rien à faire à Londres, il trouve qu’un plus long séjour lui serait dommageable. » Si, avec le sentiment légitime de sa dignité, l’artiste n’a pu supporter sans froissement de voir ses services méconnus, il allait bientôt après recevoir comme dédommagement les témoignages les moins équivoques de satisfaction qui, à la suite de cet incident, lui furent prodigués de toutes parts. Apprenant qu’il voulait quitter l’Angleterre, Weston et Cottington écrivirent, en effet, à Olivarès pour se louer tous deux de l’habileté de Rubens et de son tact exquis. De son côté, Philippe IV chargeait sa tante de dire à son peintre « qu’il ne devait pas rompre la négociation confiée à sa prudence bien connue » ; enfin les membres de la Junte d’Espagne adressaient à deux reprises au négociateur des éloges et des remerciemens pour le zèle et le dévouement dont il avait fait preuve.

Mais, en dépit d’assurances aussi flatteuses, Rubens sentait de jour en jour plus durement l’ennui de perdre ainsi un temps qu’il aurait pu si bien employer. Durant ses longues attentes, non seulement il n’avait pas comme en Espagne la ressource d’occuper ses loisirs à copier les œuvres de Titien, mais, sauf Gerbier qui ne peignait plus guère, il ne trouvait autour de lui aucun artiste avec qui il pût échanger ses idées. Chassés par les persécutions qui avaient ensanglanté les Flandres, les fabricans émigrés étaient venus, il est vrai, apporter à l’Angleterre le tribut de leur travail, et avec la richesse croissante du pays, les rois et les grands seigneurs avaient bien pu attirer et retenir chez eux un maître tel qu’Holbein. Mais, malgré les progrès du luxe, on ne pouvait citer après lui un autre nom de quelque importance. Des inconnus comme les Horebout, de Gand, et les Gevaert, de Bruges, fournissaient à la couronne pendant deux générations ses peintres attitrés. Van Dyck, qui devait s’établir à Londres trois ans après, n’y avait fait qu’un court séjour en 1620, et, comme lui, G. Honthorst, venu d’Utrecht, l’année d’avant, sur l’ordre du roi, était bientôt rentré dans sa patrie. Parmi les peintres qui exerçaient alors leur profession en Angleterre, Rubens aurait donc trouvé difficilement avec qui frayer. Mais il pouvait du moins à Londres jouir des satisfactions d’érudit auxquelles il était particulièrement sensible.

Cette ville était, sous ce rapport, bien mieux partagée que Madrid. Il avait, sans doute, rencontré en Espagne « nombre de