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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/426

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comte-duc excitaient bien vite la curiosité des diplomates étrangers. Le nonce du pape et l’ambassadeur de Venise s’empressaient de rendre compte à leurs gouvernemens des suppositions auxquelles donnaient lieu ces conférences. Tous deux pressentaient avec raison qu’il s’agissait de la préparation d’un traité de paix entre l’Espagne et l’Angleterre ; mais ils se trompaient également tous deux en croyant que ces négociations avaient été nouées directement avec Buckingham, en Angleterre, d’où Rubens, après un séjour à Londres, se serait immédiatement rendu à Madrid, en se contentant de toucher barres à Bruxelles.

La correspondance de l’artiste avec l’Infante ne nous a malheureusement pas été conservée ; elle nous aurait permis de connaître par le menu non seulement les divers incidens de sa mission, mais les détails qu’il a dû donner sur la cour de Madrid à la Gouvernante des Flandres, naturellement désireuse d’être renseignée à cet égard par un observateur aussi perspicace et aussi dévoué à sa personne. Les temps étaient bien changés depuis l’époque où, tout jeune encore, Rubens était venu en Espagne, vingt-quatre ans auparavant, dans la situation tout à l’ait subalterne d’un simple courrier au service du duc de Mantoue, chargé de remettre, au milieu de difficultés et d’ennuis de toute sorte, les présens envoyés par son maître à Philippe III et au duc de Lerme. Si la mission qu’il avait maintenant à remplir était encore peu définie et si son rôle comme diplomate devait rester forcément assez effacé, du moins le peintre était dans toute sa gloire, et l’agrément de sa personne et de sa conversation allaient bientôt triompher des préventions et de la raideur de Philippe IV. Il faut bien le reconnaître pourtant, les tableaux qu’il avait apportés avec lui pour le roi n’étaient point d’un mérite tel qu’ils répondissent pleinement à ce qu’on pouvait attendre de son talent. Les comptes de la Trésorerie générale des Pays-Bas pour l’année 1629 mentionnent au nom de Rubens une ordonnance de 7 500 livres « montant du prix des peintures qu’il a faites et fait faire par ordre de S. A. pour le service de S. M. et envoyées en Espagne » et, en regard, une apostille de l’Infante porte que « ce prix avait été convenu avec Rubens avant l’exécution de ces pointures, lesquelles sont déjà en Espagne, à la grande satisfaction du roi, qui a donné l’ordre de les payer immédiatement. » Mais, en dépit de cette note, quelque doute est permis au sujet de cette « grande satisfaction du roi. » En effet, si Pacheco, dans son