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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/420

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dérouter mieux encore les soupçons, Rubens avait même essayé de décider Honthorst à l’accompagner dans les autres villes de la Hollande pour l’introduire chez les artistes avec lesquels il était en relations. Mais celui-ci s’étant excusé à cause de l’état de sa santé, Rubens, qui avait remarqué dans son atelier un Diogène cherchant un homme avec sa lanterne dont Sandrart, son élève, était l’auteur, s’était fait présenter le jeune débutant pour le féliciter et l’avait emmené avec lui dans cette rapide excursion qui dura quatorze jours. Flatté d’être ainsi distingué par un maître aussi illustre, Sandrart devait plus tard, dans sa Teutsche Academie, recueillir avec une satisfaction manifeste les souvenirs de cette excursion faite en commun et dans laquelle il avait, à son insu, servi à masquer les véritables desseins de son glorieux compagnon. A l’en croire, en effet, Rubens, dont il loue la simplicité charmante et l’aménité, n’aurait à ce moment parcouru la Hollande que pour y chercher une diversion au profond chagrin que lui causait la mort de sa femme, tandis qu’en réalité le grand artiste, rejoint à Delft, le 21 juillet, par Gerbier et par l’abbé Scaglia, l’envoyé du duc de Savoie en Angleterre, avait pu librement, et sans que Sandrart s’en doutai, conférer avec eux pendant huit jours sur l’objet de sa mission.

Mais s’il était possible et même facile de leurrer un jeune homme inexpérimenté, il n’en allait pas de même avec les diplomates de profession. La venue du peintre de la cour d’Isabelle, dont ils étaient bien vite informés, avait excité leur curiosité, et l’ambassadeur de Venise, toujours aux aguets, ainsi que celui de France particulièrement intéressé à savoir ce qui pouvait se tramer contre son maître, avaient éventé le mystère. L’affaire avait même fait un tel bruit que Carleton dut apaiser l’émotion du prince d’Orange en lui donnant des explications propres à le rassurer. Ces pourparlers d’ailleurs ne pouvaient aboutir qu’aux vagues protestations transmises par Rubens, à l’égard des bonnes intentions de la cour d’Espagne, les ordres formels de Philippe IV portant qu’il ne fallait pas songer à conclure aucun engagement avant l’arrivée à Bruxelles de don Diego Messia qu’il envoyait exprès de Madrid pour faire connaître ses volontés.

Rubens avait donc quitté la Hollande pour revenir à Anvers d’où il essayait en vain de calmer les impatiences de Gerbier. Celui-ci ne pouvant se résoudre à retourner en Angleterre « les mains vides, aurait voulu du moins rapporter à son maître quelque