Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/411

Cette page n’a pas encore été corrigée


l’avance, opérée avec une prudente lenteur, et réglée de façon que le pays tout entier y ait été préparé.

Si le droit protecteur n’a pas eu toujours son effet plein, c’est-à-dire s’il est loin d’avoir constamment maintenu le prix du blé en France au prix du blé à la frontière augmenté d’une quantité égale au montant du droit, il a régulièrement produit un écart en faveur des prix cotés chez nous. Comme il est naturel, l’écart entre les prix de France et d’Angleterre s’est tendu aux époques où le droit protecteur a été accru. Mais ce qui ressort avant tout de l’étude des variations de prix, c’est qu’en vingt ans on est revenu à Paris à des cours supérieurs à ceux de l’origine de la période et qu’à Londres le cours se rapproche aujourd’hui de ce qu’il était en 1875, après s’être, dans l’intervalle, élevé de trente pour cent et avoir ensuite baissé de plus de moitié.


IV

Tel est, en sa simplicité, l’historique de la baisse de l’argent et des fluctuations du blé dans le dernier quart du XIXe siècle. La lecture des chiffres est si instructive qu’elle n’exige point de longs commentaires. Il est nécessaire toutefois de rappeler que les agrariens, étourdis par l’intarissable faconde des bimétallistes, avaient fini par croire que le seul remède à leurs maux, c’est-à-dire au bas prix de certains de leurs produits, était le rétablissement de la libre frappe de l’argent et cela au rapport antique de 1 à 15 1/2. Le bon sens ou la prudence des hommes d’État opposait cependant une réponse invariable aux programmes qu’on leur soumettait : « Rien n’est possible sans une entente internationale. » Celle-ci ne s’est pas faite ; elle ne pouvait se faire ; elle ne se fera pas, aussi longtemps du moins que le globe tout entier ne sera pas constitué en une fédération des Etats-Unis du monde. Personne n’osera bientôt soutenir que l’Union monétaire universelle va se réaliser. Mais ce qui est nouveau, ce qui est capital dans l’affaire, c’est que, grâce aux événemens de l’année 1897, on ne pourra plus même affirmer que l’union soit désirable, qu’elle soit nécessaire au salut des agriculteurs. Les plus obstinés parmi ceux-ci sont forcés de reconnaître que la hausse du blé s’est faite en dépit des prédictions sinistres de ceux qui annonçaient que la baisse ne s’arrêterait que le jour où celle du métal blanc aurait pris fin : le laboureur de la Beauce, le fermier du Lancashire, le