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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/402

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Quelle éclatante démonstration des vérités que nous n’avons cessé de proclamer, à savoir que les prix des choses dépendent avant tout des quantités qui en sont offertes et demandées ; que la monnaie est loin de jouer dans les mouvemens de ces prix le rôle prédominant que lui attribue une certaine école ; que la libre frappe simultanée, dans un rapport fixe, de l’or et de l’argent est une hérésie économique, qui devait tôt ou tard disparaître ; enfin, que le fait d’enlever au métal blanc sa force libératoire n’entraînerait aucun des désastres prédits avec tant de complaisance par les bimétallistes. Les événemens ont marché avec une telle rapidité, et se sont chargés de démontrer d’une façon si péremptoire l’absolue justesse des vues de l’économie politique à cet égard, que nous éprouvons quelque scrupule à venir affirmer aujourd’hui son triomphe. La victoire est trop écrasante ; le silence auquel les faits condamnent nos adversaires est trop profond, pour qu’il soit nécessaire de prendre la plume ou la parole afin de le constater. Mais il ne s’agit pas ici d’un succès d’amour-propre ni d’une satisfaction personnelle. Il convient de profiter de cette éloquente leçon de choses pour faire éclater aux yeux des nations, trop facilement égarées par des sophismes monétaires, des masses rurales, mal préparées à comprendre les raisonnemens de la science économique, une vérité dont la connaissance importe à la bonne direction de la chose publique. Il s’agit d’éviter le retour des agitations inutiles, parfois dangereuses, au moyen desquelles on a voulu intéresser les producteurs de céréales à une question qui devrait leur être parfaitement indifférente, et amener dans le domaine monétaire une contre-révolution désastreuse, qui eût transformé pour la France une perte déjà sensible en dépréciation ruineuse de son étalon.

Nous allons rappeler les faits, tels qu’ils se sont succédé dans les dernières années ; nous remettrons sous les yeux de nos lecteurs les théories échafaudées par les bimétallistes ; nous n’aurons pas de peine à tirer la conclusion qui se dégage des premiers et qui met à néant les secondes.


II

Il est inutile de refaire longuement l’historique de la chute du métal argent. Notre génération commence à avoir conscience de cette vérité, dont le simple énoncé eût bien étonné