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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/395

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Mais quand il jugea que Naples avait donné tout ce qu’elle pouvait suer de millions sans périr de consomption, il se fit le défenseur du peuple qu’il avait émancipé, et la lutte éclata, violente, bientôt scandaleuse, entre lui et les commissaires financiers du Directoire. C’était une élite fiscale : Faypoult, dont l’habileté, célèbre en Italie, avait été consacrée par une promotion qui le faisait l’égal des généraux de division ; Méchin, futur baron de l’empire, conseiller d’État, préfet : âpre, adroit, sans scrupule, qui avait à faire sa fortune et qui la fit ; il avait le titre de contrôleur, et le receveur était Châtelain, cousin de Faypoult, associé précieux, qui prélevait, régulièrement, à titre de remise, trois centimes sur tous ses encaissemens [1].

A peine sont-ils à la besogne que les effets naturels se produisent : le peuple murmure, refuse de payer, se révolte contre les agens, crie : Mort aux Français ! Le gouvernement, aux abois, se désole, récrimine : — Est-ce là cette liberté, ce désintéressement que la France leur a promis ? — Championnet soutient leur résistance, dénonce Faypoult au Directoire. Faypoult use de ses pouvoirs, taxe, saisit, et dénonce Championnet à Paris. Faypoult prend des arrêtés ; Championnet refuse de les exécuter. Les républicains accusés de servilité envers les Français se discréditent de jour en jour. Les meneurs royalistes en profitent. Les propriétaires, les bourgeois se désaffectionnent. Les lazzaroni s’agitent. On commence à assassiner dans les rues les Français isolés. Il se forme des attroupemens. Championnet est obligé de faire donner contre ces misérables lazzaroni des soldats aussi dénués qu’eux, car la solde n’est pas payée. Bataille de pauvres, tuant pour l’argent d’autrui, qu’ils ne verront jamais : les soldats l’argent des commissaires, les lazzaroni l’argent des nobles et des bourgeois. En même temps, la guerre de montagne se rallume dans la banlieue de Naples, sur toutes les lisières. Les bandes menacent d’affamer la capitale ; elles barrent les routes, elles arrêtent les courriers, coupent les communications

  1. Selon Championnet, ces remises s’élevaient à trois millions six cent mille francs. Voir les notes de Thiébault, t. II, p. 444-445. Il prétend que Faypoult rapporta, pour sa part, douze à quinze cent mille francs (t. Il p. 497) et Macdonald soixante-quinze mille louis.