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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/386

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efforts, nous n’attendons du génie et de la fortune de Bonaparte que de vastes combinaisons et d’illustres résultats. » Sous l’impression des mêmes pensées, le Directoire fait dresser par d’Hauterive un plan de démembrement de l’empire turc : l’empereur serait désintéressé des affaires italiennes par la réunion à ses États de la Moldavie et de la Valachie, la Grèce serait affranchie, l’Egypte passerait à la France [1].

Mais cette diversion d’Orient forme la part du prodige dans la guerre qui va commencer. C’est de l’Italie que le Directoire attend le salut. Il y a envoyé ses deux généraux les plus jeunes : hommes d’entreprise, d’ambition aussi, ayant la renommée à conquérir, mais sans tare fiscale et pleins d’ardeur républicaine. Joubert remplace Brune à Milan, il fera tête aux Autrichiens. Championnet, que Hoche avait légué naguère à la République comme un autre lui-même, prend le commandement de l’armée de Rome et reçoit l’ordre de marcher sur Naples.

Joubert jugeait indispensable à la sécurité de son armée, de tenir le Piémont à discrétion. A peine arrivé, il s’en empara. L’opération fut menée par ruse, complots et violences, moyens de force et moyens de police, à la vénitienne, et Joubert s’y montra, pour la vigueur et la dextérité, digne de son maître, Bonaparte. Le 9 décembre, le roi était en fuite. Joubert établit un gouvernement provisoire et donna de grandes fêtes pour célébrer la délivrance du pays. Le buste de Bonaparte occupait la place d’honneur dans toutes les salles de banquets. L’annexion se prépare. Le peuple attend que la guerre décide de son sort. Si la France triomphe, il préférera la réunion au régime de la conquête. Si elle est battue, il acclamera le roi. Si la république s’établit à Naples, l’esprit de liberté italienne courra jusqu’à Turin. Cette conquête faite pour assurer les autres, dépend, en réalité, du succès des autres. L’expédition de Naples décidera de la guerre, et c’est à Rome que vont se porter les premiers coups.


IV

Championnet, arrivé à Rome, le 18 novembre 1798, crut nécessaire d’y laisser entrer les Napolitains ; mais ce fut pour les en

  1. Mémoire de d’Hauterive, 6 novembre. Aff. étrangères. — Le Directoire à Bonaparte, 4 novembre. Boulay de la Meurthe, le Directoire et l’expédition d’Egypte, p. 283 et suiv.