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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/364

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de forces, pleine satisfaction. Nos croiseurs vinrent, malgré une chaleur torride, montrer leur pavillon jusque devant Nankin. Le commandant français fit au vice-roi une visite que ce haut dignitaire vint en personne lui rendre à bord de l’Isly. Un mois après, l’amiral Fremantle mouilla à son tour devant Nankin avec tous ceux de ses bâtimens qui avaient pu remonter le fleuve ; mais le vice-roi refusa de le recevoir et quelques jours après, les Anglais durent lever l’ancre sans avoir rien obtenu. Une note parut alors dans les journaux chinois. Elle expliquait que l’amiral Fremantle était venu pour offrir au vice-roi de vendre ses navires à la Chine, mais que celui-ci, ne les trouvant pas à son goût, avait refusé. Pour qui connaît le caractère oriental, de tels faits sont significatifs.

Les Etats-Unis d’Amérique se défendent de toute prétention à l’exploitation de la Chine ; ils sont, ou ils feignent d’être, dans leurs relations avec les peuples jaunes, absolument désintéressés ; ils ont moins cherché à s’assurer des cliens qu’à se faire des amis. Les Américains sont vus avec faveur en Chine, et l’étaient tout récemment encore au Japon, mais le projet d’annexion des îles Hawaï, sur lesquelles le gouvernement du Mikado avait des vues depuis longtemps, vient de montrer aux Japonais ce qu’ils devaient penser de ce désintéressement, et les relations se sont singulièrement refroidies [1]. Quelques citoyens de l’Union occupent en Extrême-Orient des situations personnelles importantes et y recueillent des sympathies lucratives, comme le colonel Denby, qui fut le conseiller de Li-Hung-Chang pendant les négociations de Shimonosaki. La concession d’une voie ferrée chinoise à un syndicat sino-américain et la commande de deux croiseurs japonais ne sont pas des victoires du gouvernement, mais des succès des capitalistes et de l’industrie yankees.

En résumé les États-Unis semblent se désintéresser des affaires chinoises ; l’Angleterre, malgré quelques avantages obtenus tout récemment, a subi des échecs répétés qui ont diminué en Extrême-Orient son influence et son crédit ; l’Allemagne, mal vue au Japon, payée d’ingratitude en Chine, voit son cabotage menacé

  1. La question des îles Hawaï est actuellement pendante. Il est probable que les Japonais finiront par accepter l’annexion de l’archipel aux Etats-Unis ; mais ils exigeront pour leurs émigrans le traitement appliqué aux émigrans blancs. Pour emporter cette concession, les Japonais iront très loin, s’il le faut, peut-être jusqu’à la guerre. C’est le but du gouvernement japonais d’obtenir partout pour ses nationaux et ses émigrans tous les droits dont jouissent ceux des autres nations civilisées.