Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/315

Cette page n’a pas encore été corrigée


la pièce prend son sens philosophique et symbolique. En reprenant son manuscrit, Gœthe y ajoute d’abord le Rêve d’une nuit de Walpurgis : un épisode satirique bourré d’allusions à des choses du moment ; puis la Dédicace, le Prologue sur la scène et le Prologue dans le ciel. Or, c’est surtout dans ces trois morceaux, dans le troisième surtout, qu’apparaissent les changemens qu’il introduit dans l’esprit de la légende : Faust n’est plus le simple héros d’une histoire de sorcellerie, il est devenu le représentant de l’humanité ; il est, parmi les hommes, le préféré de Dieu, qui, du haut de son ciel, sympathise aux vastes aspirations de sa créature ; enfin, sa destinée est arrêtée d’avance par la parole que le Seigneur adresse à Méphistophélès :

« Détourne cette âme de sa source primitive ; entraîne-la, si tu peux la saisir, sur la pente de tes sentiers, et sois confondu, s’il te faut reconnaître qu’un homme bon, dans son effort au milieu des ténèbres, a la claire conscience du bon chemin ».

Ensuite, les derniers morceaux composés ou repris, dans le corps de l’ouvrage, sont surtout ceux qui servent à souligner le sens général que le « prologue dans le ciel » a fixé. Ce sont, dans l’ordre chronologique de leur composition :

1° La scène du cachot (dont le plan se trouve déjà dans le fragment primitif), la scène de Valentin et celle de la nuit de Walpurgis, écrites toutes trois au printemps de 1798.

2° La promenade de Faust devant la porte de la ville, le monologue et la conjuration, le premier dialogue avec Méphistophélès, qui datent du printemps de 1800.

3° Le second monologue de Faust et l’hymne de Pâques, du printemps de 1801.

4° Le second dialogue de Faust et de Méphistophélès, avec le pacte qui, malgré son importance, n’apparaît qu’à ce moment tardif de la rédaction (1801).

Le premier Faust était achevé. Il ne parut qu’en 1808, dans le huitième volume des œuvres complètes. Accepté d’abord comme un poème dont la mise à la scène eût été une fantaisie irréalisable, il fut joué douze ans plus tard (1820), à la cour de Berlin. En 4829, à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de la naissance de Gœthe, il fut solennellement représenté sur le théâtre de Weimar ; il faisait ainsi son entrée dans le répertoire de la scène allemande. Dès ce moment, la destinée de Faust était fixée : celle du petit nombre d’œuvres dans lesquelles les hommes croient