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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/311

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belle copie [1]… » M. Érich Schmidt s’empressa de le publier, en l’accompagnant d’abondans commentaires, auxquels M. J. Collin ajouta bientôt les siens [2]. Ceux-ci, qui se recommandent par la fermeté de la déduction et de la langue, parviennent à peu près à établir à quelles dates furent rédigés les divers morceaux dont l’ensemble constitue le fragment. Ce fragment comporte vingt et une scènes (1345 vers et de la prose), les unes à peu près complètes, les autres seulement esquissées. Ce sont entre autres, par comparaison avec la rédaction définitive, les premières scènes (le monologue, l’évocation, le dialogue avec Méphistophélès) ; presque tout ce qu’on a appelé depuis « la tragédie de Marguerite » ; quelques détails épisodiques qui ne furent pas conservés : donc, tout l’essentiel du drame. L’œuvre inachevée porte naturellement, dans le sentiment et dans le style, la marque de la période de Sturm und Drang, à laquelle elle appartient. Elle produisit une impression très vivo sur ceux qui la connurent : si bien que l’un d’entre eux, Henri Léopold, Wagner, en « emprunta » le sujet, dont il se hâta de faire une tragédie qui parut en 1776, sous le titre de l’Infanticide. « C’était la première fois qu’on me dérobait un de mes sujets, dit Gœthe dans ses Mémoires. J’en fus peiné, sans lui en garder rancune. Ces larcins de pensées et ces prélèvemens, je les ai connus assez souvent dans la suite, et mes lenteurs, et ma disposition à jaser de mes projets et de mes inventions, m’ôtaient le droit de me plaindre. » Malgré cette mésaventure, il conservait certainement l’intention d’achever son œuvre : car, s’il y travailla peu pendant sa période d’oisiveté, il emporta cependant son manuscrit en Italie. Une lettre adressée à Herder, le 11 août 1787, affirme la volonté de s’y remettre ; une note de son « journal » (Rome, 1er mars 1788) nous le montre prêt à en presser l’exécution : « La semaine a été bien remplie, écrit-il, et me semble avoir duré un mois. D’abord j’ai tracé le plan de Faust, et j’espère que cette opération m’a réussi. Naturellement, c’est autre chose d’achever la pièce à présent ou il y a quinze ans : je crois qu’elle n’y perdra rien ; surtout je crois avoir retrouvé le fil. Je suis tranquille pour ce qui concerne le ton de l’ensemble : j’ai déjà écrit une nouvelle scène, et si j’enfumais le papier, je ne crois pas que personne pourrait le

  1. Gœthes Faust in ursprünglicher Gestalt. 3ter Abdruck, Weimar, 1894.
  2. Untersuchungen über Goethes Faust in seiner ältesten Gestalt ; Giessen, 1892 et 1893.